Numéro 71, semaine du dimanche 06 juillet 2008

le magazine francophone d'Egypte


Sale temps sur l’Union pour la Méditerranée

Le 29-06-2008 par Arnaud Saint Jean

Après le volte-face de plusieurs dirigeants arabes face au projet d’Union pour la Méditerranée, le débat s’intensifie autour du projet cher à Nicolas Sarkozy.

En plus du non irlandais au traité constitutionnel de l’Union européenne, la présidence temporaire française de l’UE doit composer avec une hostilité nouvelle à son projet d’Union pour la Méditerranée.

Les hésitations de Bouteflika
Le Monde rapporte ainsi que "l'Algérie entretient le suspense" sur sa participation ou non au sommet prévu le 13 juillet autour des membres de l’Union et des pays méditerranéens. Le quotidien du soir rapporte ainsi l’attitude du président algérien Abdelaziz Bouteflika : "Alors qu'un journaliste interrogeait le premier ministre français sur la venue de M. Bouteflika au sommet de l'UPM, le dirigeant algérien a répondu lui-même, laconique : "Chaque chose en son temps." Avant de donner sa réponse sur ce sujet cher à Nicolas Sarkozy, Alger réclame des "clarifications" sur un projet "flou" dont elle craint qu'il ne couvre une "normalisation rampante" avec Israël."

Le coup de poignard de Kadhafi
Quelques jours plus tard, c’est le voisin Libyen qui faisait faux bon à Sarkozy. "Kadhafi poignarde Sarkozy dans le dos" titre alors le site rue89 : "Revêtant à nouveau les habits du leader panafricain, le chef d'Etat libyen a en effet attaqué le projet chéri du président français face à ses homologues arabes: "Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union africaine, (...) nous n'acceptons pas que l'Europe traite avec un seul groupe." Et le journal en line de conclure, ironiquement : "Le tapis rouge déroulé à Paris pour le dictateur n'aura servi à rien."

Optimisme bancal en Egypte
Dans le quotidien officiel Al Ahram, Amine Mohamed Amine s’interroge sur cette attitude : "Le refus par la Libye, la Syrie et l'Algérie du projet de l'Union pour la Méditerranée émane d'une inquiétude : celle de la mise à l'écart de la Palestine, pourtant pays méditerranéen, au profit d'Israël dans un nouveau cadre politique. Ces trois pays craignent aussi la division du monde arabe entre plusieurs groupements politiques. Sans discussions claires et franches, l'initiative pour la Méditerranée échouera comme les initiatives précédentes."

Le même journal pourtant, quelques jours plus tôt, affichait un optimisme tout autre, sous la plume de Kadri Saïd: "Le projet Sarkozy est très réaliste. Tout ce qu'il lui faut est la volonté politique fondée sur les intérêts des peuples."

Projet sans avenir
C’est précisément sur cette "volonté politique fondée sur les intérêts des peuples" que le projet d’Union pour la Méditerranée échoue, à en croire l'historien Emmanuel Español et la députée européenne Béatrice Patrie, qui exposent leur point de vue dans les pages de Libération : "En s’affichant avec le président libyen, en ouvrant ostensiblement les bras au président syrien, (Nicolas Sarkozy) légitime dramatiquement toutes les politiques de restriction des droits humains, les «états d’urgence» de toutes natures, et les atteintes aux libertés." Les deux auteurs vont jusqu’à douter de la conviction profonde de Nicolas Sarkozy : "qu’importe à notre Président notre destin commun euroméditerranéen dans vingt ans, pourvu qu’il ait une belle photographie le 13 juillet avec ses amis chefs d’Etat."


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