Une parole commune pour chrétiens et musulmans
Le 16-11-2008 par Louise Sarant
Le Vatican accueillait récemment la première édition du Forum Islamo-Chrétien, à l’initiative de 138 intellectuels et religieux musulmans, autour d’une "parole commune". Questions à Emilio Platti, Dominicain au couvent d’Abassiyah du Caire, qui a assisté à cette rencontre.
Du 4 au 6 novembre dernier, au Vatican, le Forum Islamo-Chrétien visait à créer des passerelles entre musulmans et catholiques, en concentrant les 3 jours de conférences et de débats sur les points de théologie communs aux deux religions. Une délégation de 24 membres, composée d’autant de religieux que de professeurs, représentait chaque religion.
Emilio Platti y était, sous une double casquette : celle de professeur de l’Université de Louvain en Belgique, et celle de membre de l’IDEO (Institut Dominicain d’Etudes Orientales), qui œuvre pour le dialogue islamo-chrétien.
Le Pape Benoît XVI, au début de son pontificat, semblait moins tourné vers le dialogue interreligieux que son prédécesseur Jean-Paul II. Y a-t-il eu depuis un changement d’orientation de sa part?
Je crois effectivement qu’on peut parler d’un changement d’orientation, du moins dans ce qui apparaît. Il est allé à la Mosquée Bleue d’Istanbul en novembre 2006 et cette visite en a constitué le premier signe extérieur. Et c’est par les signes extérieurs que l’on interprète.
Ensuite, pour ce Forum Islamo-Chrétien, il a répondu à une initiative musulmane de l’organisation jordanienne Aal El Beit (Institut de pensée islamique) et de son président, le prince Ghazi Bin Mohammed Bin Talal. Il faut tout de même préciser que ces 138 intellectuels et religieux musulmans, à l'origine de ce rassemblement, avaient déjà organisé un colloque cet été avec les Anglicans en Angleterre. Ce n’est donc pas le tout premier colloque de ce type, mais le premier au Vatican. Il faudrait remonter loin dans l’histoire pour trouver un colloque sur le dialogue islamo-chrétien au Vatican !
Le cardinal Tauran, qui est responsable du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a déclaré dans la presse que le dialogue islamo-chrétien se poursuivait depuis 1400 ans et que ce Forum devait être considéré comme un de ses "chapitres". Qu’en pensez vous ?
Il y a eu 14 siècles de contacts, mais aussi d’images très négatives. Le discours de Ratisbonne du Pape Ratzinger en 2006 avait fait référence à une image négative de l’Islam. Or, ces derniers mois, les musulmans prennent des initiatives pour renverser cette vapeur. Par exemple, le roi d’Arabie Saoudite a prit l’initiative cette semaine d’évoquer le dialogue interreligieux devant les Nations Unies, ce qu’il avait déjà fait en Espagne il y a quelque mois.
D’ailleurs, cette volonté a été très clairement ressentie pendant le colloque, comme dans cette lettre des 138, qui se sont concentrés sur "une parole commune" entre les deux religions. Les musulmans ont osé aborder ce message commun, par la théologie, en disant : "n’avons-nous pas en commun avec vous, chrétiens, l’amour de Dieu et l’amour du prochain ? Ne pourrions nous pas en parler, chacun à sa façon ? Vous vous référez au Christ et aux Evangiles et nous au Coran et aux hadiths." Ce dialogue, qui va au fondement même de nos divergences, s’est très bien passé.
On peut s’étonner, en observant la liste des membres de la délégation musulmane, de trouver si peu d’autorités religieuses venant du Moyen-Orient. Comment l’expliquez-vous ?
En ce qui concerne l’absence de représentants d’Al Azhar et du Moyen-Orient j’ai développé deux hypothèses : d’une part, il est encore tôt pour les religieux d’Al Azhar de s’impliquer dans une rencontre au Vatican, qui est tout sauf un terrain neutre. La prochaine rencontre prévue dans deux ans se déroulera dans un pays musulman, ce qui facilitera la venue de grandes pointures religieuses et intellectuelles du Moyen-Orient.
Ma deuxième hypothèse concerne la concurrence entre les pays de la région sur le type d’Islam pratiqué. L’Egypte veut se montrer modérée et se présenter comme une alternative au rigorisme saoudien, tout en se démarquant de l’Iran, de la Turquie et de la Jordanie. Ils sont un peu en concurrence les uns avec les autres et je crois que cela joue aussi.
Commentaires
dr Myriam Chaker
Je suis tres contente que les rapports islamo-chretiens qui durent depuis des decenies en Egypte vont peut-etre aboutir a une cohabitation tout a fait normale et que d'une part et d'autre les gens apprennent a etre tolerant et respectueux pour l'autre.
jean-marie
Il me semble qu'il s'agit d'un dialogue de sourds, dont je rejette personellement la responsabilite sur la partie musulmane. Au cours d'une emission recente a la TV interrogee sur le droit aux musulmans de se convertir a d'autres religions , l'invitee a affirme que la charia interdit de telles conversions mais pas l'inverse (bien sur). L’invitee ignorait elle que cette interdiction est valable pour toutes les religions. Le Christ, que je sache, ne s'est pas montre favorable aux conversions a une autre religion et a affirme que celui qui le renierait sur terre sera renie dans l'au dela! Il faudrait que le musulman sache separer les droits de l'homme (temporels) des droit religieux et admettent la separattion dailleurs pronee partiellement par les constitutions de pays musulmans dont l'Egypte ou l'article 43 fait etat de liberte de culte et de foi, donc de croire ou pas ou d’adopter la religion qu’il desire.Dans les pays chrietiens ou l'Etat est laic toute sorte de conversion et de mariage entre femmes euro-chretiennes et hommes arabo-musulmans sont autorises.La partie musulmane(mis a part une minorite d'intelectuels), a mon avis ne cherche a travers le dialogue qu'a mettre en avant des droits face au monde occidentalo-chretien et les emissions en arabe souligne toujours que l’objectif de telles rencontres est d’expliquer l’Islam aux autres , mais ne tente jamais d’expliquer aux musulmans ce que sont les autres religions. Il y a la a reflechir. Merci.

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