Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Le jazz, ce langage arabe oublié

Le 16-11-2008 par Vincent Fortin

La première édition du Jazz Factory s’achève au Caire. Pour les artistes arabes, ce festival de jazz international est une opportunité de réformer la scène culturelle régionale.

Ahmad_El-Sawy_by_Elliott_Woods 

22h, sous les remparts fatimides du parc Al-Azhar. Sur la scène en plein air, une vingtaine de jeunes musiciens arabes achève une jam session de deux heures. Suave ou furieuse, orientale ou latino, leur musique hétérogène a soulevé des applaudissements unanimes. Pendant dix jours, le festival a rassemblé des artistes de toute l’Europe et du monde arabe.

Une initiative de la Commission européenne visant à "encourager la scène arabe à l’expérimentation", selon Ramón Blecua, Conseiller culturel de l’Ambassade espagnole. Pour lui, le jazz est autant une structure de communication qu’un style de musique. "Il s’agit d’un des langages les plus libres du monde. Et son côté improvisé facilite le contact et la production entre des musiciens qui se connaissent à peine." Plus qu’un festival, un atelier.

Des consonances différentes, mais une même méthode partagée par les musiciens arabes et européens. "La structure de la musique orientale est celle du jazz : le “takseem” arabe du Moyen-Orient correspond aux grilles d’improvisation occidentales", explique Shams Ismael, jeune chanteuse syrienne. Ahmad El-Sawy, luthiste égyptien et chanteur traditionnel, évoque à plaisir cette fable de la flûte à usage unique, découpée dans un bambou et jetée dans le Nil une heure plus tard, quand le paysan qui l’a taillée n’en a plus l’usage. Une culture de l’improvisation qui peut en remontrer aux champions de la scène jazz européenne ! Alex Wilson, pianiste britannique renommé, parle d’une "influence grandissante de la musique orientale, et particulièrement libanaise, dans le jazz."

Le retour sur scène d’une culture arabe

Et pour aller plus loin, le Jazz Factory peut être un premier pas vers une nouvelle popularisation de la scène culturelle égyptienne. "Il y a 50 ans, explique Ahmad El-Sawy, les Egyptiens allaient aux concerts et au théâtre. Aujourd’hui, ils regardent la télévision." Effectivement, l’audience de ce genre de concert est restreinte à l’élite éduquée, malgré les prix d’entrée peu élevés. La publicité s’est limitée aux universités, aux quartiers aisés de Maadi, Zamalek ou du centre-ville.

Les initiatives étrangères seraient l’un des derniers moteurs de l’innovation musicale, depuis que les entreprises se sont retirées du marché artistique d’avant-garde. En Egypte, le gouvernement a tendance à se focaliser sur le théâtre et la musique classiques. Même constat chez les voisins, selon Shams Ismael, qui évoque l’impossibilité de "s’appuyer sur un financement public pour supporter la scène culturelle syrienne."

Tout un défi pour le jazz oriental : proposer une identité arabe joyeuse, énergique et engagée. Pour Ahmad El-Sawy, c’est aussi important pour l’image des arabes dans le monde que dans leurs propres pays. Remanier l’héritage musical oriental pour le dynamiser, voilà le potentiel du Jazz Factory.


Commentaires

Zénobie /kemet13@hotmail.com

Est-ce qu'il y a une discographie disponible de "mon" côté de la Méditerranée


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