Rencontre avec Khaled Al Khamissi, auteur de "Taxi"
Le 09-11-2008 par Vincent Fortin
L’écrivain Khaled Al Khamissi a reçu Alif. L’occasion de revenir sur les recettes et le succès de "Taxi", best-seller égyptien.
Les chauffeurs de taxi sont un patrimoine égyptien à part entière. C’est la thèse de Khaled Al Khamissi, 45 ans, journaliste et metteur en scène. Il commence à transcrire, au printemps 2005, les histoires, anecdotes et autres monologues des chauffeurs de taxi du Caire. Estimant que la réalité sociale du pays est plus aisée à comprendre dans la rue que dans les salons et colloques, l’écrivain cairote se penche sur leurs personnalités "dramatiques". Il s’agit à la fois de "moteurs des contes de la rue", ceux par qui toute l’actualité urbaine transite, et de personnages très riches. "Ces conducteurs sont des fonctionnaires, des chômeurs, des médecins,… chauffeur de taxi n’est pas un métier, au Caire."
Pas un métier, un baromètre : les 80 000 taxis qui circulent dans la capitale sont des mines d’information. C’est là que l’opinion publique s’exprime et se compile. Taxi est un livre sur l’Egypte, et non sur les chauffeurs de taxi. Et au fil des dialogues, le lecteur fait connaissance avec une réalité méconnue : "l’Egypte est, à mon sens, très civilisée, en cela que la conscience politique y est très développée", affirme l’auteur. Considérations internationales, critiques objectives, interrogations géopolitiques sont au cœur des pensées des conducteurs. Accompagnées d’angoisses personnelles, noyées dans le flot intarissable de leurs monologues, ces réflexions s’enracinent parfaitement dans leur quotidien précaire.
Khaled Al Khamissi est également journaliste, mais il confie n’avoir travaillé que de mémoire : "pas une seule fois, je ne suis entré dans un taxi avec l’idée d’y mener une interview." Un livre écrit gratuitement, sans trop d’objectif, et qui s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires en arabe. Succès inattendu ? Selon l’auteur, l’Egypte connaît depuis trois ans un renouveau culturel et politique. "Taxi parle de l’échec du président Moubarak à donner espoir aux gens. Désormais, 80% des Egyptiens ont la tête sous l’eau, sans même une paille pour respirer ou espérer."
Electrochoc dénonçant le pessimisme dans les rues du Caire, Taxi fascine. En plus haut lieu aussi, puisque le site web du Parti national démocrate (PND) a recommandé ce livre à tous ses hauts responsables. Du changement en perspective ?
SUR LE MEME SUJET : Taxi : pleins phares sur l’Egypte d’aujourd’hui
Commentaires
Samira
Et cette traduction en francais ou en anglais?
Aglaé
J'ai commandé une version en anglais sur le site d'amazon (pas encore eu le temps de le lire)! Je ne l'ai pas trouvé en français.

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