Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Tags au Caire : l’effet d’une bombe

Le 02-11-2008 par Vincent Fortin

Une équipe de tagueurs a repeint une villa désaffectée à l’Institut Goethe. De quoi interroger les Cairotes sur la liberté d’expression et la pression sociale de la rue.

Tag au Caire (Vincent Fortin) 

L’ancienne ambassade de RDA au Caire, à l’abandon depuis vingt ans, a retrouvé une seconde jeunesse. Elle a servi de toile géante aux tagueurs allemands du Masala Movement. Ce collectif artistique, en partenariat avec l’Institut Goethe (à Dokki), a proposé le thème "Freiraum" (espace libre) dans son exposition participative de graffitis. Des artistes et des novices ont rejoint le projet, mélangeant l’équipe allemande à d’autres Européens, ainsi qu’à des Egyptiens.

Le tag fait-il bon ménage avec l’Egypte ? Selon le directeur du programme culturel de l’Institut, Friedrich Dahlhaus, l’initiative répond à une vraie demande. "La scène culturelle égyptienne fait peu de place aux jeunes. Leur expression n’est pas favorisée, que ce soit socialement ou politiquement." L’espace public laisse effectivement peu de place à l’expression spontanée. "Nous avons voulu proposer de faire reculer le contrôle de la rue. Qu’on aime ou pas les graffitis, c’est important qu’ils puissent exister." La culture du tag a cela de spécial qu’elle s’appuie sur l’évidence de la liberté d’expression. Pour Karim Lotfy, tagueur cairote de 25 ans, il s’agit de proposer de l’art "gratuit et visible pour tous."

Tags : qu’en pense la rue ?

Pour les riverains de l’Institut, le succès est incontesté. Un des murs d’enceinte, donnant sur la rue, est également repeint. Les couleurs attirent, "donnent espoir", confie Yousra, 23 ans. Mustapha, 57 ans et concierge dans la même rue, trouve admirable d’"exprimer ce qu’on ressent plutôt que de le garder pour soi." Encourageant pour l’avenir du tag en Egypte. Pour "Rush", du groupe de rap Arabian Knightz, l’art populaire est familier aux arabes. "Il y a eu une époque où tout le monde faisait de la poésie, par exemple. Notre but, c’est de faire redécouvrir ça aux Arabes."

Redécouvrir, oui, parce que cette spontanéité ne fait pas l’unanimité. Pour Marwa, 32 ans, voisine de l’Institut, on ne peut pas faire n’importe quoi. Une inscription en arabe, par exemple, prêterait à controverse, risquerait un jugement politique. Karim Lotfy confie que ses tags sont souvent recouverts en quelques jours. "Les gens ne comprennent pas ce que je fais. La police comme les habitants y voient de la subversion politique."

Loin de cette défiance, Manoj Kurian, 28 ans et manager du collectif, explique que le vrai but du projet était de montrer aux Cairotes comment influencer l’espace dans lequel on vit. La ville monocolore aurait tout à y gagner.

Tag au Caire (Vincent Fortin)

Tag au Caire (Vincent Fortin)Tag au Caire (Vincent Fortin)


Commentaires

Saba el nour!

Enfin un peu d'expression libre et d'ouverture !!! Plusieurs voyages à Alexandrie , une jeunesse estudiantine de plus en plus voilée pour les filles, mais des rires. Le sentiment d'une envie de détourner le poids de la politique et de la religion. Un potentiel énorme chez les jeunes, qui est trop vite étouffé par la pression sociale. Quel dommage!


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