La finance islamique, alternative à la crise?
Le 02-11-2008 par Arnaud Saint Jean
C'est en tout cas ce que prônent les partisans de ce système basé sur les principes économiques de la charia, qui rejette les formes extrêmes de spéculation.
"L'effondrement du système capitaliste fondé sur l'usure et sur le papier, et non sur l'échange de marchandises sur le marché, est la preuve qu'il est en crise et démontre que la philosophie économique islamique se tient", déclarait il y a dix jours Youssef Al-Qardaoui, célèbre penseur musulman et partisan de la première heure d’un système financier islamique. Face à la crise mondiale qui ébranle le système financier mondial, les artisans de la finance islamique ont beau jeu de vanter leur solution.
Pas de spéculation = protection
Se conformant à une certaine conception de l’argent, qui ne peut avoir de valeur en soi, mais seulement par rapport aux biens réels qu’il permet d’acquérir, le système islamique se doit de refuser la spéculation à hauts risques, comme les crédits hypothécaires, ou autres subprimes, à l’origine de la bulle financière qui éclate en ce moment. Fondée sur le principe que seuls des biens réels peuvent être échangés sur les marchés, la finance islamique revendique donc une certaine protection face à la crise, même si l’impact de celle-ci, sur les institutions islamiques, reste aujourd’hui peu connu. D’autant qu’en pratique, les opérations montées par les banques islamiques peuvent sensiblement s’éloigner de la théorie.
"La définition même de l'usure (prêt avec intérêts) n'est pas claire du tout, d’un pays musulman à l’autre. Certains dénoncent le principe même d'intérêt, fixe ou pas ; d'autres, seulement les intérêts variables", explique Samer Soleiman, professeur d’économie politique à l’université américaine du Caire et auteur d’un ouvrage sur la question. Ouvertement septique, il dénonce une certaine manipulation : "Dire que les banques islamiques sont opposées à la spéculation est un mensonge. Si une banque islamique achète pour moi la maison que je ne peux m'offrir, je ne lui rembourserai pas au prix de vente. Nous nous mettrons d'accord sur ce qu'ils appellent un "revenu", qui correspond en fait à un intérêt. C’est du commerce et il y a là, déjà, une forme de spéculation."
Un succès certain, mais relatif
Expérimentées dès les années 60 en Egypte - ou elles peinent depuis à croître - les banques islamiques se sont surtout développées dans les pays du Golfe. Profitant à la fois de la manne financière du pétrole et d'un certain repli identitaire, le succès commercial est incontestable : depuis plusieurs années, les institutions de finance halal connaissent un taux de croissance annuel d'environ 15%. Selon le journal économique La Tribune, "certaines projections prévoient que 40 % à 50 % de l’épargne totale de la population musulmane dans le monde seront gérés par des banques islamiques d’ici huit à dix ans, contre seulement 10% actuellement."
Une opportunité commerciale, saisie par les plus grandes banques occidentales, qui ouvrent toutes des antennes islamiques. En juillet dernier, Christine Lagarde, ministre française de l'économie et des finances, déclarait ainsi : "Nous allons développer sur le plan réglementaire et fiscal tout ce qui est nécessaire pour rendre les activités de finance islamique aussi bienvenues ici à Paris qu'à Londres."
Profiter de la crise
Si aujourd’hui, la finance islamique "constitue une goutte d'eau dans l'économie mondiale, et ses acteurs évoluent dans un monde interconnecté", selon un consultant en finance islamique interrogé par le journal Le Monde, la crise actuelle pourrait bien lui profiter : "En terme d'image oui, comme pour tous les adversaires du capitalisme, même si les banques islamiques sont clairement capitalistes", explique Samer Soleiman. "Elles peuvent profiter d'un certain sentiment communautaire, politique, en opposition aux systèmes dits occidentaux."

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