Les nokat, ou l’art égyptien de la dérision
Le 28-09-2008 par Arnaud Saint Jean
C’est dans la rue que le sens de l'humour égyptien trouve son meilleur ambassadeur : avec les nokat, petites histoires populaires, les Egyptiens peuvent se moquer d’eux-mêmes. Mais aussi tourner en dérision leurs dirigeants.
L'été dernier, l'université de Wolwerhampton, en Angleterre, publiait son classement des dix plaisanteries les plus anciennes du monde. Sans surprise, l'Egypte y occupe les premiers rangs, avec une plaisanterie qui daterait de 1600 av. JC, à l'époque du pharaon Snofru: "Comment divertir un pharaon qui s'ennuie? Tu fais voguer sur le Nil un bateau ayant pour toute cargaison des jeunes femmes simplement vêtues de filets de pêche et tu presses le pharaon d'aller à la pêche."
Drôle ou pas, l’humour avait déjà trouvé sa cible favorite, le pouvoir. Pour l'auteur de cette étude, Paul McDonald, "les plaisanteries ont varié au cours des siècles (mais) leur point commun, néanmoins, est une volonté de transgresser les tabous et un certain degré de rébellion."
La définition s'accorde parfaitement aux nokat d'aujourd’hui : ces plaisanteries populaires, qui pullulent aux terrasses des cafés et s'échangent entre amis, permettent ce que la censure étouffe.
La nokta vise biensur les figures traditionnelles de l'humour égyptien, du paysan saïdi qui vient du sud, au touriste arabe débarqué au Caire, en passant par l'idiot du quartier. Mais quand les plaisanteries se font acerbes, ironiques, subversives, ce sont les élites au pouvoir qui en prennent pour leur grade. Politiciens véreux, figures publiques ou religieuses, la nokta égyptienne devient alors soupape pour la rébellion verbale. Alif vous en offre un petit bouquet :
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[Au lendemain de l’incendie du parlement égyptien et quelques jours après la démission du président Mousharraf, la plaisanterie égyptienne prouve sa réactivité]
Hosni demande à ses conseillers :
“Quelle autorité a bien pu permettre la démission du président Mousharraf ?!"
"Le Parlement, monsieur."
"Très bien… brûlez le notre!”
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Paranoïa
A l'époque de Nasser, Ahmed est un paysan sans histoire, bon père et pieux musulman. Arrivé devant l'ange Gabriel le jour de sa mort, il n'a pas trop de souci à se faire. Gabriel doit tout de même lui poser 3 questions:
Gabriel : Quel est ton livre Ahmed?
Ahmed : Le livre de la révolution socialiste arabe!
Gabriel : ah... et quelle est ta religion?
Ahmed : La révolution nassérienne victorieuse!
Gabriel : oh... mais quel est ton dieu?
Ahmed : le rais Gamal Abdel Nasser!
Un peu surpris par ces réponses, Gabriel va trouver Dieu, pour lui exposer ce cas. Dieu sachant qu'Ahmed est pourtant un bon fidèle, décide d'aller l'interroger lui-même :
Dieu : Quel est ton livre Ahmed?
Ahmed : le Saint Coran
Dieu : Quelle est ta religion?
Ahmed : le Saint Islam
Dieu : Qui est ton dieu?
Ahmed : Allah l'unique et le miséricordieux!
Dieu : Très bien, très bien... Mais dis-moi Ahmed, pourquoi avoir menti à Gabriel?
Ahmed (baissant la voix) : je craignais qu'il soit membre de la police secrète...
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Leçon de politique
Gamal en assez d'attendre la succession et va trouver son père :
"Père, quand pourrai-je enfin devenir rais à votre place?"
"Quand tu seras prêt, mon fils", répond Hosni.
"Je le suis! Mettez moi à l'épreuve"
Alors Hosni confie à Gamal une caisse pleine de poulets vivants : "libère-les dans la rue et remets-les ensuite en cage. Si tu y arrives, je te cède ma place."
Confiant, Gamal s'en va sur Talaat Harb et libère ses poulets. Les volailles partent alors dans tous les sens, au milieu de la circulation. Gamal y passe des heures, mais ne peut toutes les rattraper. Dépité, il rentre au palais et demande à son père : "je n'y suis pas arrivé, d'accord! Mais vous ?"
Alors Hosni donne à son fils une belle leçon de politique : avant d'ouvrir la cage, il la secoue de toutes ses forces. Complètement assommés, les poulets titubent et ne savent où aller. Le rais n'a plus qu’à les ramasser pour les remettre en cage….
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Mainmise
Le rais vit ses dernières heures. Sur son lit d'hôpital, il demande à son bras droit quelques nouvelles de ses proches :
"Comment va Suzanne?"
"Très bien : elle s'occupe des femmes et des orphelins."
"Et comment va Gamal?"
"Très bien, il est à la tête du parti et en contrôle la politique..."
"Et mon autre fils, Alaa?"
"Très bien, les affaires sont bonnes : il vient encore d'acheter de nouvelles usines."
"Et comment va le peuple égyptien?"
"Le peuple va bien, comme toujours. Les temps ne sont pas faciles, mais le peuple est courageux. S'il le fallait, les Egyptiens mangeraient des pierres!"
Satisfait, le rais congédie son secrétaire, puis le rappelle soudainement :
"Dis à Alaa de penser à acheter des pierres!"
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Répartie
Un Egyptien et un Marocain discutent autour d'une table de café. Le Marocain, borné et arrogant provoque l'Egyptien :
"Je me demande bien ce qui sépare l'Egyptien de l'âne!"
"La table", répond l'Egyptien.
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Un paysan en ville
Un saïdi débarque sur une plage d’Alexandrie. Une fois en maillot de bain, un photographe public immortalise la scène. Satisfait du résultat, le jeune saïdi envoie la photo à sa famille, restée au village. Quelques jours plus tard, par retour de courrier, il reçoit des vêtements...
Commentaires
Stepsel
On raconte aussi que pour laisser un bon souvenir au peuple, chaque dirigeant depuis Nasser a toujours pris soin de nommer un vice-président plus bête que lui...
jossbellot2001@hotmail.com
merci pour ce petit moment d'humour ! et merci aussi pour tous vos articles fort intéressants que je lis tout les dimanches ! ça au moins c'est un vrai journal, pas comme un certain journal que je nommerais pas, affligeant de nullité ! bonne continuation !
ludo
Suite de la nokat de Stepsel qui est déjà ancienne : Moubarak cherche encore... (Depuis, il a trouvé Gamal)
malika
Votre commentaire, oui les nokat ( s) c'est absolument génial ici à Bruxelles on s'en raconte aussi. Une concernant Moubarak Trois présidents ( Sarkozy, Bush et Moubarak ) sont dans un avion. Hélàs le pilote perd le contrôle de l'atterrisage, il prend le micro pour annoncer, "Messieurs les présidents, j'ai un problème chacun de vous devra me dire ou il souhaite descendre, et je le larguerai avec une siège ejéctable sur sa capitale." Bush passe le bras et dit, "ok boy ,ici je vais déscendre.Pourqoi dit Sarko, parce que j'ai senti la bras de la statue de la liberté",et le pilote le largue, Sarko quelques heures après," laissez moi ici, pourquoi dit Moubarak, parce que je viens de mettre la main dehors et j'ai senti la Tour Eiffel." Quelques heures plus tard, Moubarak tend le bras dehors et dit au pilote, "il faut me larguer ici Pourquoi dit le pilote vous êtes chez vous. Oui répond Moubarak j'ai mis mon poignet dehors et on m'a déjà fauché ma rolex !!!je suis au Caire " Malika

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