Victoire pour les paysans de Sarando
Le 29-06-2008 par Arnaud Saint Jean
Accusés de troubles à l’ordre public après en avoir décousu avec ceux qui voulaient les exproprier de leurs terres, les paysans de Sarando ont été innocentés. Après quatre ans de lutte.
“Ces gens sont peut-être simples, mais ils sont nobles. A chaque fois, ils ont eu peur de parler, mais les femmes des paysans se sont toujours levées pour témoigner.” Au cours d’une conférence de presse organisée au syndicat des journalistes, l’avocat des paysans de Sarando, Mohamed Abdel Aziz Salama, a pu savourer la victoire : "après quatre ans de lutte contre les féodaux, les officiers, l’armée et l’armée, nous avons finalement gagné."
"Nous", ce sont les 18 paysans de Sarando, dans le delta du Nil, qui comparaissaient depuis lundi dernier devant la Cour de Sécurité de Damanhour. Accusé de troubles à l’ordre public et de réunions sur la place publique – autant de délits selon la loi d’état d’urgence – ces "petits terriens" ont finalement été innocentés. En janvier 2005, des heurts avaient opposé les paysans aux hommes de main de Salah Nawar, puissant propriétaire agricole, décidé à récupérer des terres confisquées dans les années 50 par la réforme agraire de Nasser. Les violences avaient fait un mort du côté des hommes de Salah Nawar, entraînant des vagues de représailles, avec la complicité des forces de police.
Sur les 27 paysans jugés dans cette affaire, deux ont été condamnés à plusieurs années de prison et sept devront répondre encore une fois à la cour. Acquittés, les 18 autres tiennent tout de même à célébrer cette victoire, qui dépasse largement l’unique affaire de Sarando.
Violente libéralisation
Car plus médiatisée que les autres, l’affaire symbolise les nombreux cas litiges, parfois très violents, liés à la libéralisation agricole. Selon la Ligue des Paysans révolutionnaires, 4500 procès semblables seraient en attente. Depuis 1992 et une loi remettant en cause la réforme agraire de Nasser, le monde agricole égyptien est en pleine mutation. Bien décidé à s’ouvrir à l’économie de marché, le gouvernement décide ainsi que les prix pourront être à nouveau fixés par les propriétaires, avec une libéralisation totale dès 1997.
Si la loi autorise les anciens propriétaires à récupérer leur terres séquestrées, ils doivent en théorie proposer prioritairement aux exploitants de les racheter. Face aux prix libérés, qui explosent et sont multipliés rapidement par dix, les petits paysans ne peuvent payer et perdent leurs lopins. En guise de lot de consolation, le gouvernement leur propose d’aller cultiver les nouvelles terres gagnées ailleurs sur le désert. Mais pour ces paysans convaincus – souvent à juste titre – d’être les propriétaires de leurs terres, il s’agit d’expropriation pure et dure.
Bénéficiant d’un flou juridique et de complicités bien armées, les propriétaires n’hésitent pas à enrôler des hommes de main, quand ce n’est pas la police qui se charge de déloger les paysans. Toujours selon le Land Centre for Human Rights, les différents affrontements entre propriétaires et paysans auraient fait 171 morts et 945 blessés entre 2000 et 2004.
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Commentaires
rdsfa@tedata.net.eg
Monsieur, bonjour. Dans votre article, ainsi que dans l'interview avec M Ireton, vous présentez un cas isolé comme s'il s'agissait d'une situation généralisée. En réalité, les lois de 92 et 97 ne prévoient pas la récupération des terres par les anciens propriétaires expropriés par la reforme agraire, mais le droit pour ces mêmes propriétaires de réclamer une indemnité ( ce qui signifie des démarches sans fin et des années devant les tribunaux) La loi de '97 abolissait aussi une précédente disposition de la reforme agraire, qui prévoyait qu'un paysan locataire de terres appartenant à un tiers (propriétaire), ayant effectué deux cultures successives sur le même champ (par exemple, blé et puis trèfle) devenait automatiquement le locataire inamovible de ce même champ. Il y a eu donc des cas où un propriétaire a vu ses terres entièrement occupées par les paysans, qui lui versaient des loyers analogues à ceux de la reforme agraire, c'est à dire symboliques. Aujourd'hui, en Égypte, aucun propriétaire ne peut réclamer les terres confisquées par la reforme agraire, mais il peut expulser légalement les paysans locataires par usucapion. Quant à l'exécution du jugement, c'est une autre affaire, qui met en jeu aussi bien les forces de la police que les "vieux pétoires" que vous mentionnez. Bien à vous, Katia Sabet

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