Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


En exil, l’intellectuel Saad Ibrahim demande des garanties

Le 29-06-2008 par Arnaud Saint Jean

Le sociologue et militant égypto-américain veut rentrer en Egypte, mais demande aux autorités une garantie qu’il ne sera pas arrêté.

Figure controversée de l’intelligentsia égyptienne, Saad Ibrahim fait à nouveau parler de lui. Sociologue engagé, professeur à l’Université américaine du Caire, militant des droits de l’Homme, l’intellectuel égypto-américain aimerait quitter son exil. Parti à l’étranger depuis plusieurs mois, à cause de conditions qu’il juge délétère pour les l'opposition et les défenseurs des droits de l'Homme en Egypte, Saad Ibrahim a envoyé une lettre au ministère des Affaires étrangères, dans laquelle il demande des "garanties". Agé de 69 ans, l’intellectuel veut être sûr qu’il ne subira aucune persécution de la part des autorités égyptiennes en cas de retour, selon le quotidien égyptien Al-Masri Al-Yom.

Dans les colonnes du quotidien, Saad Ibrahim explique : "Je suis l'objet, depuis mon départ d'Egypte, d'agressions verbales de la part du régime égyptien (et) je demande aux organisations de la société civile et au peuple égyptien de se tenir à mes côtés afin de prouver que les accusations qui me sont adressées sont mensongères."

Les accusations en question, le fondateur du centre de recherche Ibn Khaldun les subit depuis des années et, à plusieurs reprises, a dit craindre pour sa vie. Penseur libre aux nombreux soutiens occidentaux, pourfendeur du régime égyptien et de la succession héréditaire qu’il estime inévitable, Saad Ibrahim fait l’objet de nombreuses plaintes, notamment pour "atteinte aux intérêts du pays". En 2001 déjà, il avait été condamné à sept ans de prison, officiellement pour avoir perçu des fonds étrangers et critiqué le président Moubarak. Sous la pression de nombreux pays occidentaux – Etats-Unis en tête – l’intellectuel avait été relaxé après dix mois passés en prison.

Selon lui, sa lettre aux autorités est pour l’instant restée sans réponse.

(avec AFP)

Saadeddine Ibrahim, activiste controversé

Figure infatigable de la société civile égyptienne, Saad Ibrahim représente cet activisme controversé en mal de reconnaissance dans son propre pays. Avec ses arrestations, soutiens étrangers et affinités politiques parfois contradictoires, “le professeur" fait du bruit.

SaadIbrahimQuand Saad Ibrahim entre dans sa salle de cours de l’Université américaine du Caire, on ne peut s’empêcher de penser que le temps commence à peser sur ses épaules. Légèrement voûté et la démarche lente, le corps du professeur semble usé par les batailles livrées. Mais l’esprit est toujours vif et à peine commence-t-il son exposé sur la politique régionale que les yeux de ses étudiants brillent de respect. Car Saad Ibrahim possède ce genre de charisme qui attire autant qu’il dérange…

A bientôt 70 ans, cet activiste égypto-américain ne laisse personne indifférent. Ses cours ressemblent davantage à une compilation d’anecdotes personnelles qu’au développement d’un exposé. En avril dernier, le professeur s’est même offert le luxe d’accompagner une quarantaine d’étudiants en sciences politiques dans la bande de Gaza, à la rencontre de figures politiques locales, dont des représentants du Hamas.

Soutiens étrangers

C’est en 2000 que Saad Ibrahim a franchi le cap de la reconnaissance internationale. Coupable d’avoir voulu superviser les élections présidentielles de façon indépendante et d’avoir perçu pour cela des fonds de l’Union européenne, le professeur a été arrêté et jugé par une Cour d’Etat. Le verdict a été sévère : 7 ans de prison.

La sentence devait servir d’exemple à l’encontre des différents activistes du pays. Mais l’affaire est devenue un des symboles de l’ingérence de Washington dans les affaires égyptiennes : le gouvernement américain a en effet mis la pression au plus haut niveau pour obtenir sa libération. Il n’en fallait pas plus pour coller à l’activiste une étiquette d’agent de la CIA. Cette image tenace a obscurci les activités de son Centre de Recherches Ibn Khadun (du nom du premier sociologue arabe) qui travaille essentiellement sur le développement et la démocratisation des pays arabes.

Un homme contradictoire

Pourtant fondateur du Centre égyptien pour les Droits de l’Homme, Saad Ibrahim subit cette suspicion classique de la rue égyptienne, à l’image d’Aymane Nour. Ce prétendant aux dernières élections présidentielles est aujourd’hui emprisonné, suite à une affaire de documents falsifiés et de soutiens étrangers. Et pourtant, Saad Ibrahim est également connu pour ses relations avec le pouvoir en place. Non affilié mais considéré comme un libéral, c'est même lui qui a supervisé la thèse de Suzanne Moubarak.
Contradiction de trop? A la sortie du cours, une étudiante égyptienne se fait laconique :  "Saad Ibrahim, plus populaire à l’étranger que chez nous? C'est juste le symbole d’une société effrayée par le changement."


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