Numéro 76, semaine du dimanche 12 octobre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Frères Musulmans : confrontation ou intégration?

Le 22-06-2008 par Arnaud Saint Jean


L'International Crisis Group se pose la question dans un rapport publié la semaine dernière et plaide pour une réelle intégration de la confrérie dans la scène politique égyptienne.

Légaliser les Frères musulmans pour encourager le processus de démocratisation en l'Egypte. Voilà la thèse originale défendue par l'International Crisis Group (ICG). Dans une étude publiée la semaine dernière, cette organisation basée à Bruxelles et spécialisée dans la prévention des conflits, expose sa vision de l'échiquier politique égyptien. Une scène dont ne devrait plus être exclue la confrérie islamiste, officiellement interdite depuis 1954, mais tolérée dans les faits. "Les Frères musulmans sont trop puissants et trop représentatifs pour qu'il y ait stabilité ou véritable démocratisation sans qu'un moyen de les intégrer ne soit trouvé", estime Issandr El Amrani, analyste d'ICG.

Preuve de cette puissance politique, l’ICG revient sur le succès de la confrérie lors des législatives de 2005 : pourtant entravés par les multiples arrestations les candidats Frères - sous étiquette indépendante - avait obtenu près d'un cinquième des sièges au Parlement, confirmant ainsi "leur position de force politique extrêmement bien organisée et profondément enracinée."

La succession au pouvoir en question


Depuis, le gouvernement égyptien organise fréquemment quelques vagues d’arrestations de membres de la confrérie. Une erreur, selon l’organisation et un mauvais signal pour la réforme politique du pays : "cela a discrédité encore plus la scène politique égyptienne et exacerbé les tensions. Bien que le gouvernement ait utilisé les Frères pour effrayer les observateurs locaux et étrangers, cela a surtout renforcé la confrérie, au détriment même des autres forces politiques. Le régime a favorisé une forme hybride d’organisation, qui peut échapper aux restrictions que connaissent les partis politiques et travailler ainsi en dehors du cadre légal."   

En clair, le régime égyptien, n’aurait fait que renforcer un des atouts de la confrérie : cette clandestinité qui lui permet à la fois d’échapper aux règles politiques et de jouer la carte de la victimisation. Pour l’ICG ce mélange de popularité et de marginalité représente le vrai risque de la mise à l’écart des Frères musulmans : "Le refus du parti au pouvoir, le Parti national démocrate (PND), de relâcher son emprise risque d'exacerber les tensions à un moment d'incertitude politique entourant la succession à la présidence et de graves troubles socio-économiques."

Les Frères doivent clarifier leur discours


Si  l'International Crisis Group appelle à l’intégration politique de la confrérie, l’organisation n’en demeure pas moins critique envers elle : "les Frères musulmans portent leur part de responsabilité. Bien qu’ils aient fait des efforts considérables pour clarifier leur vision et montrer qu'ils adoptent les règles de la politique démocratique, beaucoup de leurs déclarations sont ambiguës (…) et ils doivent clarifier le rôle des femmes et la place des minorités religieuses."

Une officialisation de la confrérie la pousserait-elle justement à clarifier ces zones d’ombres ? Débarrassés de ce statut hybride, les Frères pourraient-ils encore jouer de leur statut de force à part, mouvement populaire condamné à la clandestinité ? C’est le pari de l’officialisation, que prône l’ICG. Robert Malley, directeur du programme régional d'ICG, va même plus loin : "l'intégration des Frères musulmans constituerait une étape essentielle pour une ouverture authentique de la sphère politique, qui bénéficierait aussi aux forces d'opposition laïques."

TOUT SAVOIR – Le rapport Frères Musulmans : confrontation ou intégration? (en anglais)


Commentaires

rami georges

Elle est pas belle la vie? les fachos islamistes racistes anti-chrétiens et fanatiques, doivent avoir droit de cité alors que les nationaux du Front national en France n'ont que rarement le droit a la parole. En tant que 3eme ou 4 eme formation du pays (10 a 20%) on voit bien moins souvent J-M le Pen que les leaders a 2-4% aux présidentielles comme Besancenot Mamere ou Buffet et consors. A bon entendeur salut.


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