Transition énergétique
Le 08-06-2008 par Arnaud Saint Jean
Pic de pétrole dépassé depuis longtemps, grosses réserves de gaz et ambitions nucléaires, l'Egypte amorce sa transition énergétique.
En début de semaine, Gaz de France annonçait une nouvelle découverte de gaz naturel au large des côtes égyptiennes, au nord-est d'Alexandrie. Prometteuse pour le groupe français, qui avait déjà annoncé en début d'année un renforcement de ses activités locales, cette découverte est emblématique de la nouvelle donne énergétique en Egypte et du glissement opéré du pétrole au gaz.
Les sous-sols égyptiens sont riches : les secteurs pétrolier et gazier représentent environ 10% du PIB et plus de la moitié du revenu des exportations égyptiennes. En 2007, les exportations d’hydrocarbures ont dépassé les 10 milliards de dollars. Attirées par les cours mondiaux qui explosent, une cinquantaine de compagnies pétrolières étrangères opèrent en Egypte et y investissent chaque année à hauteur de 2 milliards de dollars ; une aubaine pour l'économie locale.
L’or n’est plus noir
A regarder les chiffres de plus près, l'or égyptien n'est plus vraiment noir. Dépassé depuis 1993, le pic de production de pétrole est depuis sur le déclin et l'Egypte frôle déjà une balance commerciale négative : inéluctablement, le pays est amené à importer davantage, soumis entre autres aux explosions couplées de sa population et du parc automobile.
Conscientes du poids budgétaires que représenteront bientôt des importations de pétrole, les autorités égyptiennes se tournent vers le gaz. 6ème exportateur mondial de gaz naturel, le pays possède un potentiel énorme. Un haut responsable de Gaz de France expliquait récemment que "l’Egypte est très attractive pour le gaz. Il y a encore des découvertes significatives à faire et la production est en croissance. En plus, nous sommes ici dans une logique d’approvisionnement de nos marchés et la proximité géographique de l’Egypte avec l’Europe est un atout indéniable."
Le paradoxe gazier
Théoriquement, l'Egypte produit assez de gaz pour alimenter le marché local et exporter. "Le problème n’est pas de posséder du gaz naturel, mais de pouvoir l’utiliser et le distribuer massivement. Nos réserves en gaz naturel sont énormes, l’Egypte en exporte beaucoup, mais une couverture totale du pays, par un réseau de distribution, prend du temps et nécessite des investissements en infrastructures gigantesques", tempère le président d'une compagnie égyptienne de gaz. Car aujourd'hui, la consommation égyptienne s'appuie toujours fortement sur le LPG (gaz liquide). Résultat paradoxal : grosse exportatrice de gaz naturel l’Egypte reste dépendante de ses importations de gaz liquide, que l’on retrouve notamment dans les bonbonnes. "Pendant la période hivernale, plus de 100.000 bonbonnes de gaz sont consommées chaque jour », explique ce même responsable. « Et le problème, c’est que la majorité des bâtiments qui poussent un peu partout, de façon désordonnée, ne prévoit aucun plan de distribution de gaz naturel. Dans ces endroits, seul le LPG peut être utilisé."
Relancer le nucléaire
Soucieux d’assurer enfin son indépendance énergétique, le gouvernement égyptien met donc le cap sur le nucléaire. "Nous devons nous rendre à l'évidence, le pétrole et le gaz ne sont pas des sources d'énergie renouvelables (...) Et nous devons également admettre que nous sommes confrontés au défi difficile de la hausse de la consommation", annonçait le président Moubarak, fin 2007, pour justifier la relance d’un programme gelé depuis plus de 20 ans. Nouveau potentiel pour le pays et nouvelle aubaine : de nombreuses compagnies étrangères ont déjà offert leur soutien.

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