Sinistre constat pour les Droits de l'Homme
Le 01-06-2008 par Arnaud Saint Jean
Le rapport annuel d'Amnesty International sur l'état des Droits de l'Homme dans le monde dresse un constat affligeant. En Egypte, comme dans le reste du monde.
A l'occasion du 60ème anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, le rapport annuel d'Amnesty International prend une dimension toute particulière. Selon l'organisation, plus de la moitié des 150 pays passés à la loupe ne respectent toujours pas les principes énoncés en 1948 par les Nations Unies : "il existe encore 81 pays au moins où des hommes et des femmes subissent des actes de torture ou d’autres mauvais traitements, 54 pays au moins où les procès ne sont pas conformes aux normes d’équité, et 77 pays au moins où il est impossible de s’exprimer librement."
Fustigeant les "puissants" comme la Chine, la Russie, les Etats-unis et l'Europe, qui "doivent donner le bon exemple", le rapport dresse un tableau assez sombre, dans lequel l'Afrique et le Moyen Orient occupent toujours les premières lignes.
La faute aux conflits - de l'Iraq à Gaza, en passant par le Darfour et le Liban - comme le souligne le rapport. La faute aussi aux gouvernances de la région, qui "continuent de privilégier la sûreté de l’État et la sécurité publique au détriment des droits humains et de la vie de leurs citoyens. Cette attitude s’est renforcée depuis le déclenchement de la guerre contre le terrorisme. "
Silence coupable
Là encore, l'Occident n'est pas épargné, l'équipe d'Amnesty soulignant même une certaine dégradation des attitudes politiques : "auparavant, les gouvernements occidentaux au moins dénonçaient ces agissements et appelaient au changement, même s’ils n’étaient pas disposés à mettre en danger leurs intérêts économiques et avaient eux-mêmes mené des politiques des plus répressives durant la période coloniale. Depuis le 11 septembre 2001, toutefois, les critiques se sont tues. Dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, les États-Unis et d’autres pays occidentaux ont trouvé des alliés parmi les services de sécurité et de renseignement de quelques-uns des régimes les plus répressifs de la région."
L'Egypte, toujours là
Revenant sur les nombreux évènements de 2007, le rapport épingle sans surprise une Egypte toujours dans le rouge : amendements constitutionnels qualifiés de "recul le plus grave pour les droits humains depuis la réimposition de l’état d’urgence, en 1981", cas de tortures, arrestations d'opposants politiques et de bloggeurs, répression de manifestations...la liste est longue. Au crédit des avancées, tout de même, le rapport se félicite des mesures prises pour combattre l'excision.
"Les hommes et les femmes ne se laisseront pas réduire au silence"
Noir comme sa couverture, ce rapport en forme de constat d'échec n'est pas dénué d'espoir. Car la réforme, aussi longue soit-elle, serait en marche. Pour l'Egypte et le Moyen Orient, Amnesty International estime que "l’espoir de réforme est essentiellement incarné par la jeunesse de la région, qui est chaque jour plus nombreuse à se demander pourquoi elle ne peut pas jouir de ses droits fondamentaux inaliénables. L’audience croissante des chaînes diffusées par satellite et l’usage de plus en plus répandu d’Internet ne permettent plus de fermer aussi facilement l’espace de débat."
Et la secrétaire générale, Irene Khan, va jusqu'à se faire menaçante : "Inquiets, en colère, les hommes et les femmes ne se laisseront pas réduire au silence. Si les dirigeants ne leur prêtent pas attention, ce sera à leurs risques et périls."
TOUT SAVOIR - Le rapport annuel 2008 d'Amnesty International

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