Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Des images interdites

Le 01-06-2008 par Guillaume de Dieuleveult

Le producteur de télévision Nader Gohar est accusé d’avoir diffusé des images des émeutes de Mahalah. Il risque trois ans de prison, son matériel a été confisqué.

émeutes mahalah drLes cinq antennes de diffusion de la Cairo News Company (CNC) ont été confisquées par la police égyptienne. La société est paralysée, elle ne peut plus produire de sujets pour les chaînes qu’elle fournit habituellement : France 2, la BBC, CNN, Al Jazira…

Nader Gohar, le président de la CNC, est accusé par la justice égyptienne d’avoir diffusé les images des violentes émeutes qui ont secoué Mahalah, en avril dernier. Il doit être jugé le 16 juin prochain, risque trois ans de prison et 40 000 livres d’amende (4 800 euros).

"Ils me reprochent d’avoir vendu à la chaîne Al Jazira une image montrant un portrait de Moubarak en train de tomber, un peu comme la chute de Saddam Hussein. Mais je n’ai pas envoyé d’équipe à Mahalah le jour des émeutes. Ces images ont été filmées par Al Jazira elle même", a affirmé Nader Gohar à Alif.

En Egypte, une poignée de sociétés se partagent le marché de la production d’images d’information pour les chaînes étrangères. Selon Nader Gohar, elles dépendent d’une autorisation de travail accordée par "The Egyptian Radio and TV Union", le ministère de l’information. "En juillet 2007, poursuit Nader Gohar, cette autorisation ne m’a pas été renouvelée, ni aux autres sociétés de production. L’administration m’a dit de continuer à travailler en attendant qu’un nouveau système soit mis en place et que j’obtienne à nouveau une autorisation. Depuis il ne s’est rien passé et j’ai continué mon activité. Quand le procureur a ordonné la confiscation de nos antennes, il s’est fondé sur le fait que je n’avais plus d’autorisation de travail."

La guerre aux télés satellites 

Depuis 25 ans qu’il exerce ce métier, Nader Gohar affirme n’avoir jamais subi de pression de la part des autorités égyptiennes. "Le ministre égyptien de l’Information, Anas Ahmed el Fekky, est à son poste depuis seulement trois ans. Il veut montrer qu’il tient les choses bien en main et que quiconque ose toucher à l’image du président se fera massacrer sur place", estime Nader Gohar.

Depuis quelques mois, l’Egypte semble avoir décidé de mettre la pression sur les chaînes satellitaires, dont elle apprécie peu la liberté de ton. Le 12 février, les pays de la Ligue arabe, à l'initiative de l'Egypte et de l'Arabie saoudite, avaient adopté un document restreignant les libertés des chaînes satellitaires. Cette charte était présentée comme "régulant" leur fonctionnement. Elle a été approuvée par 21 des 22 ministres de l'Information des Etats membres de la Ligue arabe. Seul le Qatar, siège de la chaîne Al-Jazira, avait voté contre. Le texte donne aux pays signataires le droit de "retirer, de geler ou de ne pas renouveler les autorisations de travail des médias qui enfreindraient les règles mentionnées dans ce document".

SUR LE MEME SUJETLes télévisions satellitaires en danger et Offensive contre les paraboles .


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