Numéro 71, semaine du dimanche 06 juillet 2008

le magazine francophone d'Egypte


Spirale inflationniste

Le 11-05-2008 par Arnaud Saint Jean

Pour compenser l'augmentation salariale promise par Hosni Moubarak, le gouvernement a adopté des hausses tarifaires sans précédent sur des produits sensibles comme les carburants et le tabac, faisant craindre une nouvelle flambée des prix.

En mars dernier, Hosni Moubarak affirmait qu'il ne permettrait jamais que l'on touche au prix du carburant, dernière denrée stratégique protégée de l'inflation galopante qui, depuis janvier, a fait doubler le prix du panier moyen égyptien. C'était sans compter son initiative de début avril : à la veille d'un nouvel appel à la grève générale, le raïs offrait une augmentation de salaire de 30% aux fonctionnaires. De quoi couper l'herbe sous le pied de quelques manifestants.

De quoi, surtout, alourdir encore le budget de l’état. "L'important est d'oeuvrer en vue d'un équilibre entre le niveau des salaires et de la hausse des prix" expliquait alors à la télévision le président égyptien, précisant : "Pour cela, je demande au gouvernement d'oeuvrer en vue de trouver les ressources nécessaires pour appliquer une augmentation salariale de 30%."

Les ressources, le gouvernement les a donc trouvées à la pompe, décidant dans la nuit de dimanche à lundi dernier une augmentation de 40% du prix des carburants. "Le gouvernement voulait prendre ces mesures depuis plus d’un an, mais se heurtait au veto du président. La hausse des primes qu’il a demandée a été le moment propice pour faire passer ces mesures impopulaires", selon Al Ahram Hebdo.

Financer les subventions publiques 

Le tabac  est aussi concerné, avec une hausse de 10% du prix des cigarettes locales et de 33% pour les cigarettes importées. Ces mesures devraient rapporter près de 6 milliards de LE (1,1 milliards dollars) et servir à compenser le poids toujours plus handicapant des subventions publiques, qui pourraient doubler d'ici 2009, passant de 64 à 128 milliards de LE. Mais ces augmentations de prix pourraient surtout aggraver une inflation déjà inquiétante, qui a dépassé les 16% en avril, du jamais vu depuis 2005.

Le Premier ministre Ahmed Nazif s'est voulu rassurant, expliquant que l'objectif était de "prendre aux riches pour donner aux pauvres". Les 40% d'Egyptiens vivant aujourd'hui sous le seuil de pauvreté (soit moins de 2 dollars par jour) auront du mal à comprendre l'argument. Dès le lendemain de cette hausse des prix, les tarifs des transports privés (taxis et minibus) s'alignaient, provoquant plusieurs échauffourées dans les stations. Surtout, par ricochet, toutes les denrées transportées devraient subir cette hausse, des frais de transport plus élevés devant se ressentir dans le prix de vente final. 

Risques politiques

Dans un document de synthèse publié il y a quelques semaines, la mission économique du Caire revenait sur les résultats encourageants de l'économie égyptienne, tout en pointant le danger politique d'une inflation incontrôlée et d’une mauvaise redistribution des richesses : "Les bons résultats enregistrés depuis trois ans tardent à être perçus par la grande majorité de la population, et la défiance de l'opinion publique vis-à-vis du programme de modernisation économique du gouvernement est grande. La flambée actuelle des prix des denrées alimentaires de base aggrave, à cet égard, le mécontentement populaire. Il y a là un risque majeur pour la stabilité du pays si les résultats ne sont pas rapidement au rendez-vous en termes d'emplois comme de pouvoir d'achat."


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