"Pour le gouvernement égyptien, il faut punir les malades du Sida"
Le 27-04-2008 par Louise Sarant
Chercheuse et vice-présidente de l’Egyptian Initiative for Personnal Rights, Soha Abdelaty revient pour Alif sur les traitements dont ont été les victimes cinq homosexuels récemment condamnés à des peines de prison pour "débauche".
Quelles ont été les conditions d’arrestation de ces cinq hommes, jugés pour “débauche”?
Les deux premiers ont été arrêtés dans une rue de West el Balad par un officier. Craignant d’être emmené au poste, l’un d’entre eux a révélé au policier sa séropositivité et l'impossibilité pour lui de passer la nuit en prison. Le policier a immédiatement mis sa maladie sur le compte de l’homosexualité et tous deux ont été conduits à la police des mœurs.
L’officier en charge de l’enquête a remonté le réseau des deux hommes et a ensuite procédé à l’arrestation de quatre autres hommes qu’il a arrêtés dans un appartement du Caire. Dans son rapport le policier notera que "les hommes étaient habillés, et ne s’adonnaient à aucune activité ou illégale ou sexuelle".
Ces hommes ont été battus, menottés dans les locaux de la police, aucune nourriture ne leur a été donnée, pas plus que de l’eau ou des couvertures pour la nuit. Puis, avec la complicité de médecins, ils ont été forcés à subir des tests VIH, ainsi qu’un examen anal visant à prouver leur homosexualité. Ceux atteints par le virus ont du remplir un questionnaire sensé aider le ministère de la Santé à affiner ses statistiques concernant la propagation de la maladie. Mais ces questionnaires ont été remis par les médecins au procureur, facilitant leurs condamnations. Ils ont été condamnés, pour 5 d’entre eux à 3 ans de prison, un appel a été interjeté et devrait avoir lieu dans un mois. Mais nous avons très peu d’espoir de leur éviter l’emprisonnement.
Sur quels raisonnements une telle décision est elle-fondée?
Un grand nombre de policiers, d’avocats et de juges considèrent l’homosexualité comme un danger à l’endroit de la société. Pour eux, la seule façon d’endiguer le phénomène est de mettre sous les verrous les membres de groupes qui sont le plus susceptibles de propager le virus, comme les homosexuels, les femmes et les enfants des rues. Un avocat m’a dit : "Je ne veux pas que ce type de personnes puisse se déplacer dans les rues, car elles sont un danger pour moi, mon père, pour ma famille entière !"
Ce qui, à mon sens, aggrave encore le sentiment anti-homosexuel en Egypte est le conservatisme et le poids de l’Islam, qui est la religion de 90% d’Egyptiens. Le gouvernement et le ministère de l’Intérieur, détenteurs de la moralité ont un raisonnement assez simple : il faut punir les malades du Sida. Même si cela va à l’encontre des actions du "National Aids Programm", qui est un organe rattaché au ministère de la Santé et lui encourage le dépistage volontaire.
Est-il possible de connaître l’étendue de la propagation du virus du Sida en Egypte ?
L’Egypte est un pays où le virus n’est encore pas très répandu, on estime que 1% de la population pourrait être touchée. Malgré tout, un bilan chiffré demeure difficile à établir, le virus pourrait avoir contaminé entre 2000 et 13 000 personnes. Et les vagues d’emprisonnement de malades du Sida vont à coup sûr enfoncer le phénomène dans la clandestinité. Beaucoup de personnes ignorent qu’elles sont porteuses de la maladie, sur les 5 hommes qui ont été forcés de faire le test, 4 sont séropositifs. Un seul d’entre eux était au courant.
En prison pour débauche
Cinq homosexuels égyptiens, dont quatre séropositifs, ont été condamnés mercredi 9 avril à cinq ans de prison pour "débauche" par un tribunal du Caire.
En Egypte, bien que l'homosexualité ne soit pas officiellement considérée comme un délit, une loi relative à la "débauche", entendue comme prostitution masculine, peut-être être utilisée pour poursuivre les homosexuels. L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a dénoncé en février le cas de deux Egyptiens séropositifs qui ont été arrêtés, torturés et enchaînés sur leur lit d'hôpital, en attendant de passer en jugement.
En avril, 117 organisations de droits de l'homme de 41 pays avaient envoyé une lettre au ministère égyptien de la santé et au syndicat des médecins condamnant des arrestations de porteurs du virus du Sida et des tests forcés.
Un procès contre 52 homosexuels égyptiens arrêtés en mai 2001 au Caire lors d'une rafle dans une discothèque avait déclenché un tollé international. Après des examens humiliants, 23 d'entre eux avaient été condamnés par un tribunal spécial pour débauche et atteinte à l'Islam à des peines de un à cinq ans de prison.
Les observateurs avaient fait le lien entre ce raid anti-homosexuel et la montée en puissance des forces islamistes, comme les Frères Musulmans, prônant la lutte contre "l'immoralité" en Egypte. (avec AFP)
Commentaires
African
Pour avoir vécu 5 années en Égypte (au Caire) je dois dire que j'ai rarement vécu dans un pays où un homme propose aussi facilement à un autre homme une relation sexuelle : taximan, policier, hommes mariés, célibataires.... et dans toutes les couches de la société. Il semble que la société égyptienne est bien hypocrite.
EGYPTIEN
Si tu estimes que la société égyptienne est hypocrite, à monavis il est temps pour que tu rentre chez toi, parcontres n'essayes pas des chercher ces homosexuels ici, car tu ne les trouvera que dans ton pays.
Anais
C'est pas gentil ce que tu as posté. (je parle bien de l'africain)
San
Hypocrite peut-être, paradoxal sans doute : comme dans beaucoup de domaines de la société égyptienne, il y a la réalité (et l'homosexualité en fait partie, pourquoi s'arrêterait-elle aux frontières, tel le syndrome du nuage de tchernobyl en France il y a quelques années), bien vivante, et le déni de l'existence de cette réalité, parce que cela fait peur, par méconnaissance, qui s'accompagne d'une farouche volonté de répression. Donc l'homosexualité existe, mais on doit la taire, publiquement la blâmer et la réprimer, sans égard pour la vie de ces hommes ou de ces femmes qui n'ont aucun espace d'expression, de défense puisqu'officiellement ils n'existent pas sauf en termes répressifs. J'aurais beau jeu de poser la question de droits de l'homme, je ne voudrais pas me poser en donneur de leçons, mais j'avoue que ça me démange...
Héberlué
Effectivement le commentaire n'est pas gentil. Mais peut on toujours être gentil ? Pour ma part je trouve étrange le second commentaire : "il n'y a pas d'homosexuel chez nous", comme si une nation pouvait s'ennorgueillir de ne pas connaitre -ou de connaitre- l'homosexualité ; comme s'il s'agissait de quelque chose de particulier dont on pourrait tirer une fierté. La seule fierté d'une nation devrait être l'épanouissement de ses citoyens et tant mieux pour l'Egypte si tous ses citoyens ont des vies épanouies.
Rami
A l'Egyptien avec malheureusement bcp de retard. N'oublie pas que ce phenomene que tu considere venu de l'Ouest existait dans l'empire(le saint empire)islamique avec, el Moutanabi et Abou Nawwas (sho3ara2 el mogoun) et que des dirigeants islamistes s'y adonnent allegrement alors qu'un celebre predicateur ayant eu droit a un feuilleton Tele n'y est pas etranger non plus(scandale des photographes du Messa au debut des annees 90. La liste est longue et l'hypocrisie effectivement profonde. D'aspect euopeen j'ai eu droit a ma dose de drague par des hommes a Alex, et il ne sont pas tous confus en apprenant que je suis egyptien!!!

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