Camarades, la révolution sur Internet !
Le 20-04-2008 par Guillaume de Dieuleveult
Alors que l’opposition égyptienne semble opérer un timide réveil, Internet s’impose comme un espace de militantisme.
"Le 4 mai, restez à la maison !" Ce slogan sur fond de poings dressés tourne actuellement sur un groupe du site communautaire Facebook qui regroupait à la fin de la semaine plus de 17 000 membres. Alors que l’opposition égyptienne semble opérer un timide réveil, Internet apparaît plus que jamais comme un espace de militantisme et d’organisation de la contestation.
"Nous ne sommes pas un mouvement politique coordonné", explique un des animateurs de ce groupe Facebook qui se présente sous le nom de "wahed Mas", un Egyptien. "Nous sommes seulement des Égyptiens fatigués qui ont envie de liberté et n’ont plus confiance dans ce gouvernement. Le régime égyptien est plus fort que n’importe quel mouvement organisé : c’est plus facile de corrompre les chefs. Mais face à une multitude de petits groupes indépendants, il ne peut plus rien faire."
Le 4 mai prochain, le président Hosni Moubarak fêtera son quatre-vingtième anniversaire dans un climat de tensions sociales et politiques. Le 6 avril dernier, une grève ouvrière dans une usine textile de Mahala, au nord du Caire, a été avortée. Dans la foulée une émeute a explosé, causant la mort d’au moins une personne, faisant près de 100 blessés parmi les manifestants et entraînant l’arrestation d’environ 300 personnes. Les mouvements d’opposition politique comme Kefaya avaient appelé à soutenir la grève ouvrière. Les journées des 6 et 7 avril ont été suivies d’une série d’arrestations parmi les personnalités de l’opposition égyptienne : membres de la nébuleuse Kefaya, animateurs de groupes Facebook...
"Un nouveau degré a été franchi"
Joël Benin, professeur à l’université américaine du Caire, observe avec intérêt ce sursaut d’activisme. "On se retrouve face à trois mouvements qui ne sont pas coordonnés, analyse-t-il. D’un côté les ouvriers de Mahala, de l’autre les groupes politiques comme Kefaya et enfin ces groupes sur Facebook. Ont-ils les moyens d’apporter un changement en Egypte ? Impossible à prédire mais il est certain qu’un nouveau degré a été franchi dans la contestation. Des gens sont morts, d’autres ont été arrêtés. Le régime a encore perdu de sa légitimité et les forces de sécurité réagissent de plus en plus violemment."
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