L'Egypte dans la crise
Le 13-04-2008 par Arnaud Saint Jean
Cette semaine, Alif revient sur les tensions traversées par l'Egypte ces derneirs jours. Tension sociale, sur fond de crise alimentaire ; tension politique, avec un nouveau scrutin entaché d'irrégularités et de violence.

Annoncée des jours à l'avance par un mouvement sans précédent d'appels sur Internet, la "révolution" attendue dimanche dernier n'a pas eu lieu. Le régime égyptien avait prévenu qu'il écraserait tout mouvement de désordre et les bataillons des forces anti-émeutes ont fait le reste : les quelques intrépides descendus dans les rues pour y crier leur colère ont fini au poste. Dans la ville industrielle de Mahalla, haut lieu de la production textile, un appel à la grève a été étouffé dans l'oeuf, mais des heurts qui ont duré deux jours ont fait deux morts.
Par voie de presse interposée, les partisans de chaque camp revendiquent depuis la victoire. Les progouvernementaux ironisent sur les "fauteurs de troubles" ; les opposants préfèrent souligner que leur mouvement a tout de même fait du bruit. Raison suffisante, selon eux, pour remettre le couvert : un nouvel appel à la grève générale circule déjà pour le 4 mai prochain, jour de l'anniversaire du président Moubarak. Les raisons du malaise restent les mêmes : pris à la gorge par une flambée des prix des produits de première nécessité, les Egyptiens ne joignent plus les deux bouts.
Dédouanements et gel des exportations
La "crise du pain", qui dure depuis des semaines, n'est qu'une illustration parmi d'autres des difficultés rencontrées. Depuis janvier, le panier moyen des Egyptiens a augmenté de 50% et tous les produits de base sont touchés : huile, farine, viande... Pour tenter de juguler l'explosion des prix, le gouvernement a annoncé des mesures drastiques : arrêt des exportations de blé et de riz, pour favoriser le marché national ; dédouanement de nombreux produits de première nécessité, du lait en poudre à certains médicaments. Pris au piège de ses subventions - conservées pour maintenir le prix de certaines denrées stables - le gouvernement pioche dans ses réserves de liquidité, l'armée est envoyée aux fourneaux et les quantités rationnées.
Elections faussées
C'est dans ce contexte que se déroulaient les élections municipales. Initialement programmé en 2005, le scrutin avait été reporté, par crainte d'une nouvelle percée de Frères musulmans, après leur performance électorale aux législatives de la même année. Sous étiquette indépendante, 88 députés Frères avaient alors gagné les sièges de l'Assemblée du Peuple, devenant la première force d'opposition du pays. Le temps n'a pas atténué les craintes du régime, qui s'est livré à une vaste campagne de répression.
Les semaines précédant l'élection, des centaines de militants et de candidats Frères ont été arrêtés, poussant la confrérie à renoncer la veille même du scrutin, appelant au passage les Egyptiens à les boycotter. L'allié américain n'a pas apprécié et ne s'est pas gêné pour le faire savoir, la maison blanche se disant "inquiète" de ces irrégularités.
Menaces de Gaza
Le régime égyptien aura beau jeu d'ignorer ces critiques, il ne peut pas fermer les yeux sur une nouvelle source d'inquiétude : rafistolée en attendant d'être bétonnée, sa fragile frontière avec la bande de Gaza est de nouveau menacée. Cette semaine, un haut responsable du Hamas a menacé de reprendre d'assaut cette frontière, si Israël ne levait pas son blocus sur le territoire enclavé. Des renforts de sécurité ont été dépêchés sur place par l'armée égyptienne et le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que, cette fois, aucun Palestinien ne passerait.
Bousculée à l'intérieur, de nouveau chahuté à ses frontières, l'Egypte navigue en eaux troubles.
Commentaires
malika ben cardinal
Je ne comprends pas que font les diplomates en poste en Europe ? ils sont payé plus de 10.000 euros pourquoi ne " lobbyisent "ils pas la communauté européenne ou il y a des excédents alimentaires de la politique agricole commune ???? l'europe croule sous les excédents alimentaires pourquoi pas les revéhiculer vers l'Egypte, pays associé à la CEE ?????? courage les égyptiens !!!!!!

rss