Grève du 6 Avril : schizophrénie médiatique en Egypte
Le 13-04-2008 par Louise Sarant
La grève du dimanche 6 avril a été interprétée de façon variée par les médias égyptiens.
6 avril. 14h00. La circulation dans les grandes artères qui s’écoulent vers la place Tahrir était fluide, étrangement peu problématique pour le premier jour de la semaine. L’ambiance, par contre, était tout sauf légère. L’appel à la grève générale contre la vie chère et le dispositif policier phénoménal, couplé à un ciel crasseux et jaunâtre, ont plongé le Caire dans la stupeur.
Les policiers disposés en étoile autour des principales places du centre ville étaient stationnés en petits groupes de 20 à 30, un bâton d’un mètre de long dans les mains, encadrés par des hommes en uniforme ou en civil. L’absence de manifestation d’envergure dans cette zone de la ville fera écrire au quotidien progouvernemental Al Ahram en légende d’une photo : "les citoyens vaquent à leurs occupations dans les rues du Caire". Le journal, qui la veille de la grève avait publié en gros titre "la prison pour les incitateurs et les participants à la grève", accorde un petit encadré à la grève dans sa publication du 7 avril, en parlant d’échec du mouvement.
Ibrahim Eissa, le rédacteur en chef du quotidien d’opposition "Al Dostour" avait quand à lui titré "Grève dimanche 6 Avril", ajoutant dans son édito de Une que "ce n’est pas un courant politique qui a décidé de parler, mais le peuple". Le même quotidien d’opposition, dans son édition de lundi, consacre aux grèves au Caire, à Alexandrie, et à Mahalla el Kobra une page entière, et la totalité de l’édito de celui qu’on appelle la "bête noire du régime". "Je doute que le régime comprenne la leçon que le peuple égyptien lui a donné, hier, pour lui signifier son échec" écrit-il. "On a été témoin de la réussite de la grève" assène-t-il, en réponse au quotidien Al Ahram.
Quelques manifestations ont pu être observées dans la capitale, à l’Université du Caire notamment, mais les forces de sécurité à l’échelle de quatre policiers pour un manifestant ont efficacement bloqué les mouvements sociaux. Malgré tout, la mise en place d’un dispositif sécuritaire de cette ampleur prouve bien que le gouvernement a pris au sérieux la grogne des Egyptiens.
A Mahalla el Kobra, ville du Delta située à 120km environ de la capitale, les manifestations ont été réprimées avec violence, blessant des centaines de civils et tuant un enfant et un homme. Des vidéos amateurs circulent sur la toile, montrant des manifestants lacérant un portrait du président Moubarak, le piétinant sous les encouragements de la foule. Les forces de sécurité qui ont convergées de toute l’Egypte vers cette ville ont tiré à balles réelles sur les manifestants, des journalistes locaux et étrangers ont été arrêtés et soumis à des pressions relayées par des bloggeurs chevronnés sur http://arabist.net/arabawy.
"Au Caire environ une centaine d’activistes et de bloggeurs ont été arrêté par les forces de police", rapporte le quotidien "Al-Hayat", qui ajoute que les Egyptiens n’ont pas osé sortir de chez eux ce jour là, de peur de représailles. Les médias pro gouvernementaux, eux, n’ont pas hésité à parler du temps radieux qui régnait sur le pays…

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