Des arrestations en masse
Le 13-04-2008 par Guillaume de Dieuleveult
Dans un pays où la loi d’urgence est en vigueur depuis 1981 et où l’interdiction de se rassembler est toujours appliquée, contestations riment avec arrestations. Bilan de celles de la semaine dernière: des opposants politiques, deux journalistes et des centaines de Frères Musulmans.
Mercredi 9 avril, dans la soirée, les services de sécurité égyptiens faisaient irruption au domicile de Georges Ishaq. D’après un communiqué d’organisations égyptiennes de défense des droits de l’homme, ce leader du mouvement d’opposition Kefaya aurait été emmené dans les bâtiments de la sécurité d’état, où il est depuis interrogé. D’après ce document, Georges Ishaq doit répondre des charges suivantes : "organisation d’un rassemblement dans le but de commettre des crimes d’agression contre des individus et le bien public ; usage de la force et de la violence dans le but de nuire aux autorités publiques..." Des charges qui font allusion aux émeutes de Mahalla, dimanche et lundi dernier.
Les confrontations entre police et manifestants avaient alors fait un mort et 80 blessés. 340 personnes auraient été arrêtées par les forces de l’ordre. Jeudi, lors d’une conférence de presse, un responsable de Kefaya affirmait qu’une soixantaine d’autres membres du mouvement avaient été arrêtés dans toute l’Egypte, à la suite des mouvements sociaux.
Arrestations également pour la chaîne de télévision Al-Jazira, qui annonçait mardi 8 avril l’interpellation de son caméraman et de son assistant alors qu’ils couvraient les violences de Mahalla.
Les Frères boycottent ; Washington s'émeut
Ces émeutes, qui se déroulaient sur fond d’élections municipales, ont été précédées par une vague d’arrestations dans les rangs des Frères Musulmans. Le vendredi précédant les élections du 8 avril, les forces de sécurité arrêtaient 27 membres de la confrérie, dont un des chefs du mouvement et deux de ses membres, qui devaient participer aux élections municipales. Durant les journées précédentes, 200 membres des Frères Musulmans avaient été arrêtés dans toute l’Egypte. D’après la direction de l’organisation, interdite depuis 1954, ce sont 821 membres du mouvement qui ont été arrêtés avant la tenue du scrutin. Cette stratégie de paralysie systématique de la confrérie a entraîné sa décision de boycotter le scrutin.
Mercredi dernier, les Etats-Unis se sont émus de cette vague d’arrestations : "Les Etats-Unis sont inquiets devant les informations selon lesquelles les élections du 8 avril aux conseils locaux en Egypte ont été caractérisées par des violations électorales largement répandues," a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche. "Nous sommes inquiets devant les informations selon lesquelles des candidats de l'opposition et des militants électoraux ont été victimes de harcèlement et d'arrestations, et devant les affirmations selon lesquelles on a empêché un grand nombre de candidats de l'opposition de s'enregistrer", a poursuivi la Maison Blanche avant "d’engager vivement le gouvernement égyptien à prendre des mesures concrètes pour plus de démocratie, de liberté et d'ouverture politique."
Avec AFP

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