Daniel Leroux : "Le problème n’est pas purement agricole"
Le 13-04-2008 par Arnaud Saint Jean
Spécialiste de l’agriculture et conseiller français pour le commerce extérieur, Daniel Leroux dirige la Kadco - la Kingdom Agricultural Development Company - qui gère quelques 180 000 hectares de terres dans le projet agricole de Toshka. Il nous expose sa vision de crise alimentaire traversée par l’Egypte.
La crise actuelle est-elle seulement due à la hausse des prix sur les cours mondiaux?
Pour l'essentiel, oui. Mais il y a quand même une variable propre à l'Egypte : les subventions. Les subventions de l'état, en fixant un prix relativement bas, ouvrent la porte aux détournements et au marché noir. Les prix ont tellement augmenté sur les marchés mondiaux que, en y revendant par exemple de la farine achetée au prix subventionné, les bénéfices peuvent être multipliés par 4 ou 5! Cela concerne essentiellement la farine, mais le problème touche aussi les engrais.
Pouvez-vous nous donner un ordre d'idée de cette flambée des prix?
Juste un exemple, celui du blé : le prix de la tonne de blé, au départ de Rouen, est passé de 100 dollars en 2006, à 200 dollars en 2007 et enfin à 400 dollars cette année!
Quels facteurs expliquent cette hausse des prix?
J'en relève quatre essentiels. Le premier et le principal - parce qu'il n'est pas conjoncturel, mais risque d'être récurrent – c'est l'émergence de nouveaux pays consommateurs. Imaginez les répercussions, si chaque Chinois augmente de 1 kilo seulement sa consommation de viande par mois! Et justement, la consommation de viande en Chine a augmenté de 150% depuis 2001. Mais ce n'est pas un cas isolé : il y a aussi l'Inde et la Russie, pour ne citer que les plus gros. Un exemple de conséquence directe : l'Argentine sacrifie ses productions de maïs pour du fourrage à destination de son bétail, qu'elle exportera ensuite...
Un autre facteur est celui de l'engouement pour les cultures destinées aux biocarburants. L'année dernière, 20% du maïs américain est sorti du marché alimentaire pour fournir la production du carburant vert. A coté de ça, d'autres facteurs vienne s'ajouter, comme la hausse du prix du carburant, qui alourdit le coût des transports des marchandises. Ou les aléas climatiques : par exemple, l'Australie n'exportera pas de blé cette année, à cause de la sécheresse.
L'Egypte, qui est en situation de dépendance alimentaire, a-t-elle les moyens locaux de contrer la crise?
Le problème de l'Egypte n'est pas purement agricole ; c'est un problème de natalité. Quand la population aura augmenté de 25% dans les prochaines années, est-ce que les terres cultivées auront suivi la tendance? Non.
Tout ce qui peut être fait aujourd'hui, c'est un travail de rentabilisation des cultures existantes. Le Delta, par exemple, pourrait être beaucoup plus productif. Mais les parcelles sont minuscules et les cultures trop fragmentées. Le travail n'est pas mécanisé et l'usage des engrais mal maîtrise. Avec de telles parcelles, l'utilisation d'un tracteur n'est même pas envisageable, puisque pas rentable. Le regroupement des terres en grandes parcelles provoquerait un tollé ; l’organisation n coopératives ne fonctionne pas bien ; il faut donc chercher la solution dans la rentabilisation des terres, en encourageant d’autres techniques, d’autres semences, peut-être.

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