Les Nubiens veulent regagner leurs terres
Le 06-04-2008 par Arnaud Saint Jean
Forcés de fuir leurs terres inondées par les eaux du lac Nasser en 1963, les Nubiens d'Egypte n'ont jamais renoncé à un retour aux sources. Oubliés par les autorités depuis plus de quarante ans, un projet de bonification des berges du lac Nasser leur offre un nouvel espoir.
Une conférence intitulée "migration nubienne, présent et futur", organisée le mois dernier à Assouan, a ranimé l'espoir de milliers de Nubiens de pouvoir s'installer à nouveau près de leurs terres d'origine. Face à des responsables égyptiens des ministères de l'Agriculture, de l'Education, de la Solidarité Sociale et des députés de la Shoura, des représentants d'associations de Nubiens ont plaidé pour leur retour au bord du lac Nasser. Les responsables nubiens ont réclamé le replacement de plus de 5000 familles nubiennes dans 5 villages en projet de construction.
Le chômage touche 45% des Nubiens
Selon le quotidien DailyStar, le gouverneur d'Assouan Samir Youssef aurait approuvé la majorité des revendications nubiennes. Musaad Herki, responsable du Club nubien du Caire, cité par le même journal, explique que ce projet permettrait un coup double : rapatrier les Nubiens vers leurs terres ancestrales et créer de nouveaux emplois pour une population très touchée par le chômage.
“C'est vrai que dans nos nouvelles terres, à Nasr el Nuba, nous avons de meilleures infrastructures. Mais il n'y a aucune stabilité", explique-t-il, avant de préciser que les Nubiens n'ont jamais vraiment pu abandonner leur tradition agricole, incapable de s'adapter au contexte de leurs nouvelles villes et forcés d'aller trouver du travail ailleurs dans le pays. "Le chômage touche 45% des Nubiens. Les nouveaux villages autour du lac Nasser leur offriraient une bonne opportunité de retourner à la profession de leurs grands-pères."
Royaume sous les eaux
Ancien royaume indépendant qui offrit à l’Egypte antique ses pharaons noirs sous la XXVe dynastie, puis territoire scindé entre l’extrême sud de l’Egypte et le Soudan, l’ancienne Nubie est aujourd’hui invisible. Ses frontières s’inscrivent en pointillés sous les eaux du lac Nasser, qui inonda plus de 6000 km2 quand le barrage d’Assouan fut construit en 1963.
A l’époque, une campagne internationale avait permis de sauver de nombreux temples et vestiges, en les déplaçant pierre par pierre, mais rien n’avait été fait pour les 60.000 Nubiens forcés d’abandonner leurs terres et réinstallés à la hâte dans désert de Kom-Ombo, au nord-est d’Assouan, à 450 km de l’ancienne Nubie.
Mais cette nouvelle Nubie (Nasr el Nuba) n’a pas retenu un quart des nouveaux arrivants, qui ont préféré tenter leurs chances en ville, pour beaucoup au Caire. Et plus de quarante ans après, les Nubiens parlent encore avec amertume des indemnisations promises par Nasser et que la majorité n’a jamais touchées.
Nouvel espoir… à partager
Les nouveaux projets de bonification de terres sur les bords du lac Nasser offrent donc de nouvelles perspectives d’espoir aux Nubiens. Mais les conditions de la réinstallation ne sont pas claires. Quand le gouvernement avait lancé des programmes similaires à Toshka (à l’ouest du lac Nasser) et aux alentours d’Assouan, les Nubiens avaient revendiqué l’exclusivité des nouvelles terres allouées.
Mais comme l’expliquait alors Moustapha Abdel-Mohsen, chef du Conseil municipal de Nasr Al-Nouba : "les Nubiens ont du mal à réaliser que ces projets doivent profiter à tous les Egyptiens qui comptent 8 millions de chômeurs." Et seuls 15 d’entre eux en avaient alors profité.

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