Les démons n’ont qu’à bien se tenir !
Le 30-03-2008 par Louise Sarant
La cathédrale st Marc, située près de Ramsès dans le cœur du Caire est le théâtre, chaque vendredi, d’une cérémonie religieuse curieuse. Un prêtre copte exorciste terrasse les démons et guérit les malades. Récit.
C’est au son des "Alleluia" scandés par la foule de croyants tassés dans la cathédrale saint Marc du centre du Caire que débute la cérémonie religieuse hebdomadaire du prêtre Makari Younane. Depuis 3 décennies ce religieux copte que les fidèles disent "habité par le Saint Esprit" prêche pour guérir les malades et chasser les démons. La cérémonie est régie par des codes très stricts.
Dès l’entrée dans la cathédrale, hommes et femmes sont séparés, ces dernières occupant les bancs sur la droite. Une fois installé, coincé entre deux femmes parfois bien en chair qui égrènent des chants religieux avec zèle, le Chœur attire l’œil et soulève une série de questions. Là, seuls les sexes sont séparés, car de nombreux musulmans font banc commun avec des chrétiens orthodoxes, qui constituent tout de même l’immense majorité des fidèles. Cheveux lâchés, voire peroxydés des chrétiennes font bon ménages avec des voiles islamiques qui relâchent parfois un peu la pression dans ce lieu saint : des foulards s’échappent des franges, des mèches, mais les lèvres restent closes et les yeux tristes. "Ceux qui sont installés dans le Chœur ont de vrais problèmes, ils sont malades ou sont habités par le démon", explique Sihame, qui vient depuis des années. Cette information sera d’ailleurs confirmée dès l’ouverture de la cérémonie, qui doit durer trois heures. A peine l’orchestre a-t-il fait résonner quelques notes qu’un cri strident, inhumain, fait vibrer la voûte de la cathédrale. Un esprit malin, ulcéré par ces chants à la gloire de Dieu manifeste son ire. Personne n’est surpris, et la cérémonie peut commencer.
Karaoké à la gloire de Jésus
Les femmes membres du chœur, vêtues de noir et de blanc, posent sur leurs chevelures un voile en dentelle ivoire avant d’élever leur voix à la gloire de Jésus. Point de livre de chant dans les milliers de mains des fidèles, debout, assis sur les bancs ou par terre. St Marc est une Cathédrale qui ose le modernisme : on troque volontiers le livre de chant contre le karaoké à la gloire de Jésus. A l’américaine. Les paroles des chants s’affichent sur un écran géant, qui fait défiler images pieuses et dessins d’humains tourmentés. Pendant ce temps, le prêtre Makary Younane, installé au milieu de la scène, manifestement insensible au vacarme assourdissant qui l’entoure, lit les questions que les fidèles lui adressent. Les feuilles s’amoncellent sur son bureau au fur et à mesure qu’un petit garçon les récolte dans l’assemblée. Puis il trie. D’un côté les questions qu’il va énoncer en public et auxquelles il va répondre, de l’autre celles indignes de son intérêt. La chorale chante tant que le prêtre tranche.
Une fois les petits papiers en bon ordre, un calme relatif (qui tente de s’imposer au milieu des bruissements de la foule, des sonneries de portable, des galipettes des enfants qui trouvent ça long…) s’installe et le prêtre lit la première question. "Ma mère à 60 ans et depuis qu’elle est née elle n’est jamais venue à l’église", a écrit un homme dans l’assemblée. "Tu es sûr ? Tu étais là à sa naissance ?" lui répond le prêtre, une boutade qui provoque l’hilarité générale. Un, deux, trois, quatre miracles sont passés en revue, puis Abouna Makary Younane lit les mots d’un musulman "Mon père, priez pour moi, car je vois la Vierge Marie dans mes songes". "Je prie pour vous", répond le prêtre, sous les applaudissements de la foule en délire. L’aspersion finale d’eau bénite est méthodique, le bâtiment et les fidèles sont lavés (dans tous les sens du termes) de leurs pêchés et touchés par la grâce.
Commentaires
Sophie Nostalgie
Cet article est très intéressant, plein de malice et permet de ressentir l'atmosphère du lieu en posant un regard à la fois attendri et amusé sur ce genre de cérémonies. Chapeau Louise!

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