Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Energie : l'Egypte sur tous les fronts

Le 23-03-2008 par Arnaud Saint Jean

L'Egypte devrait devenir le principal fournisseur d'électricité de la bande de Gaza, quelques semaines après avoir commencé ses livraisons de gaz à Israël et dans un contexte de mise en route de son programme nucléaire civil.

Selon la presse égyptienne, reprise par l'AFP, l'Egypte pourrait devenir le principal fournisseur d'électricité de la Bande de Gaza.  "L'Egypte a décidé d'appliquer un projet visant à augmenter son approvisionnement en électricité à la bande de Gaza de 17 mégawatts à 150 mégawatts, afin de soulager les Palestiniens", assure ainsi le quotidien Al Ahram, sans toutefois préciser les délais d'application.

Mené à terme, ce projet permettrait aux Palestiniens de Gaza de se défaire de leur dépendance énergétique à Israël. Principal fournisseur d'électricité des territoires occupés, Israël joue régulièrement sur le levier de l’énergie, depuis le coup de force du Hamas en juin 2007. Toujours selon le quotidien officiel, le ministre égyptien du Pétrole, Sameh Fahmi, aurait lancé des directives "urgentes" pour que son pays fournisse du gaz naturel le plus vite possible à la bande de Gaza. L'Egypte fournit actuellement entre 5 et 10% de l'électricité de Gaza, qui ne peut compter que sur son unique centrale électrique.

Du gaz égyptien vers Israël

Cette décision intervient quelques semaines seulement après l'annonce par l'Egypte de fourniture énergétique à Israël. Fin février, suite à un accord bilatéral signé en 2005, du gaz liquide égyptien commençait à couler vers Israël, via un gazoduc sous-marin reliant le port d'El-Arich à celui d'Ashkelon, à côté de Tel-Aviv. Une collaboration énergétique très mal vue par l'opposition égyptienne, notamment par les députés Frères Musulmans, qui avaient déclaré au moment de cet accord que le gouvernement se rendait coupable d'un "crime" envers les Palestiniens.

Interrogé publiquement sur cet accord, le ministre égyptien du pétrole aurait simplement expliqué : "nous avons exporté le gaz naturel parce que le marché local est saturé", refusant de donner plus de détails sur la transaction.

Ces grosses opérations d'exportation de gaz et d'électricité ne traduisent qu'un aspect du contexte énergétique égyptien : si le pays, 6ème producteur mondial de gaz liquide, est bien en position de force dans ce secteur, son indépendance énergétique reste à assurer. La population égyptienne continue de croître et le pic de production de pétrole a d'ores et déjà été dépassé.

Du nucléaire russe en Egypte? 

C'est dans ce contexte qu'Hosni Moubarak avait annoncé en fin d'année dernière la reprise du programme nucléaire civil égyptien. Parmi la ronde des courtisans étrangers qui se pressent depuis au Caire, les Russes auraient déjà élaboré un accord technique, qui devrait être signé fin mars, selon une agence de presse russe. Hosni Moubarak sera d’ailleurs cette semaine en visite officielle en Russie. Au programme des discussions, le nucléaire figure juste après la situation politique dans la région.

 

MISE A JOUR du 25 mars 2008 :  La Russie et l'Egypte signent un accord de coopération nucléaire (AFP)

La Russie et l'Egypte ont signé un accord de coopération nucléaire lors d'une visite à Moscou du président Hosni Moubarak, ouvrant la voie à une participation russe à l'appel d'offres pour la construction du premier réacteur nucléaire égyptien.La construction du premier réacteur égyptien représente un marché de 1,5 à
1,8 milliard de dollars. L'appel d'offres sera lancé dans les prochains mois, selon l'ambassadeur d'Egypte en Russie Ezzat Al-Saïed. (AFP)

Les clés du défi énergétique égyptien

Les sous-sols égyptiens sont riches d'hydrocarbures. Les secteurs pétrolier et gazier représentent d'ailleurs environ 10% du PIB et plus de la moitié du revenu des exportations égyptiennes. En 2006, les exportations d’hydrocarbures ont atteint 9,8 milliards de dollars, soit une augmentation spectaculaire de 85% par rapport à l’année précédente. Une cinquantaine de compagnies pétrolières étrangères opèrent aujourd’hui en Egypte, activité qui engendre chaque année des investissements à hauteur de 2 milliards de dollars.

Ces chiffres flatteurs ne sauraient occulter un futur en forme de défi : la croissance économique et  une courbe démographique encore importante sont et seront grandes consommatrices d’énergie. Et l’Egypte ne peut se reposer sur son rang de 6ème exportateur mondial de gaz naturel.

Le pic de la production de pétrole a été atteint depuis déjà 10 ans. La production diminue et les besoins locaux poussent à l'importation. Equilibrée jusqu'à présent, la balance devrait s'inverser dans les tous prochains mois et l'Egypte deviendra alors importatrice nette de pétrole. Mais la réponse à une trop grande dépendance réside dans son propre sous-sol : l'Egypte reste très riche en gaz et de nouvelles découvertes à l'ouest et au sud du pays laissent présager un futur tranquille.

Une aubaine pour l'Egypte, qui devra tout de même veiller à s'adapter à la nouvelle donne, avec sans doute des modifications impératives à apporter aux modes de consommation énergétique : grande productrice de gaz naturel, l'Egypte reste dépendante de ses importation de GPL. Et l’on se remet à parler de nucléaire…


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