Journalistes sans papiers
Le 16-03-2008 par Arnaud Saint Jean
Des milliers de journalistes égyptiens ne sont pas officiellement reconnus par leur syndicat et ne bénéficient donc d’aucun statut légal. Une situation précaire qui pousse une centaine d’entre eux à manifester.
Depuis une dizaine de jours, une centaine de journalistes égyptiens proteste devant le siège de leur syndicat. Ces journalistes "sans papiers" réclament leur inscription au syndicat, unique institution habilitée à reconnaître leur statut et à leur fournir ainsi une légitimité. Car sans être membre du syndicat, impossible d’obtenir sa carte de presse et donc d’exercer.
Une des conditions exigée par le syndicat est de pratiquer professionnellement, au sein d’un média enregistré, depuis au moins un an. Une mesure qui exclut de facto les médias les plus récents et les jeunes journalistes, dont plusieurs se sont organisés en "Alliance des Jeunes Journalistes". Situation incohérente, donc, où le propre syndicat des journalistes, sensé les protéger, les entrave. Selon un membre du syndicat, 5500 journalistes seraient aujourd’hui membres du syndicat. Ce qui ne représenterait que 20% du nombre réel de journalistes professionnels exerçant en Egypte.
Alif a rencontré Ahmad Zaki, journaliste du quotidien indépendant Al Badil. Créé il y a moins d’un an, ce journal ne peut donc prétendre à aucune reconnaissance de la part du syndicat, malgré son activité quotidienne.
Vos revendications sont-elles nouvelles ?
Ce n'est pas un problème nouveau. Cela fait dix ans que des journalistes s'organisent et essaient d'obtenir une règlementation plus souple, qui permettrait d'accueillir tous les journalistes. Mais récemment, nous avons été plusieurs à demander notre entrée dans le syndicat. Aucune durée d'exercice minimale ne nous a été opposée, mais on nous a répondu que le prochain "Comité" du syndicat déciderait. Mais personne ne sait quand il se réunira ni comment il examinera les dossiers de candidature. C’est complètement arbitraire.
Quelles sont les conséquences de votre absence de statut professionnel ?
L’illégalité ! Concrètement, je ne peux aller nulle part à la recherche d'information, sans même parler d'aller dans les ministère ou les endroits publics pour réclamer des infos. Car quand on me demande qui je suis et que je réponds "journaliste", je n'ai rien pour prouver mon statut. Ce qui fait de moi quelqu’un d'illégal.
Qui est responsable du blocage actuel ?
Ce sont les responsables de notre propre syndicat, qui – et là est le cœur du problème - sont trop proches du gouvernement. C’est purement politique : aux dernières élections syndicales, beaucoup d’entre nous ont soutenu l’adversaire du candidat du gouvernement. Nous sommes persuadés que nous le payons aujourd’hui. On touche là au problème de l'indépendance même du syndicat.
Si votre syndicat ne répond pas à vos revendications, pourquoi ne pas s'adresser directement aux autorités ?
Formellement, on ne peut pas s’adresser directement au gouvernement. Normalement, l'état devrait garantir nos droits, mais on ne peut pas lui réclamer. Par contre, la prochaine étape sera peut-être un procès : nous réfléchissons actuellement à saisir la cour administrative.

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