Les télévisions satellitaires en danger
Le 02-03-2008 par Guillaume de Dieuleveult
L'association Human Rights Watch a appelé mercredi les pays arabes à abandonner une charte restreignant les libertés des chaînes satellitaires arabes. Le texte suscite des réactions opposées.
L'association Human Rights Watch a appelé mercredi les pays arabes à abandonner une charte restreignant les libertés des chaînes satellitaires arabes. Elle prévoit des sanctions en cas "d'offense aux dirigeants ou aux symboles nationaux et religieux". (Voir à ce sujet notre article "Offensive contre les paraboles").
L’appel de Human Rights Watch confirme la réaction des chaînes implicitement visées par ce texte : Al Jazira ou Orbit. Des télévisions dont la liberté de ton, l’acidité de certains programmes et la popularité déplaisent aux gouvernements.
"Nous avons rédigé ce texte car il faut imposer un cadre légal aux télévisions satellites, qui sont très nombreuses dans les pays arabes", se défend Hassan Genei, chef du département de droit privé à la faculté de droit du Caire et corédacteur du texte. "Comme c'est le cas en Europe et dans la plupart des régions du monde, il faut des lois pour encadrer la liberté d'expression. Ce texte est un code d'éthique, pas une loi. Il a été construit à partir de principes inspirés par des lois occidentales. Dans la mesure où la règle est la liberté d'expression, la fermeture d'un bureau local n'est pas possible. Les craintes d'Al Jazira sont infondées. Je ne vois pas en quoi ce texte fait peur, sinon à des gens qui ont des idées étranges à diffuser."
"A quoi sert la liberté d'expression si elle est mal utilisée?"
Hussein Amin, autre rédacteur de ce texte, est directeur du département de journalisme et de communication de masse à l’université du Caire. Il s’enorgueillit d’avoir travaillé deux années et demi sur ce texte et émet un discours inattendu de la part d’un professeur de journalisme. "A quoi sert la liberté d'expression si elle est mal utilisée? Nous devons assurer la protection des gens contre des médias qui pourraient être tentés de détourner la vérité. Les gens aiment Al Jazira. C’est pour cette raison que nous ne pourrons pas fermer leurs bureaux. Mais ce texte va les calmer un peu."
Les craintes émises par les journalistes d’Al Jazira semblent donc fondées. Mais "cette décision arrive trop tard", affirme Houeïda Taha. Cette productrice de la chaîne Qatarie a été condamnée à une peine de six mois de prison pour avoir diffusé des images de torture dans des prisons égyptiennes. Sa peine a récemment été transformée en une amende de 20 000 livres égyptiennes. "Ces régimes ne parviendront pas à empêcher les médias de parler de ce qui préoccupe les gens. Ils peuvent adopter ce type de décision avec les chaînes qu'ils dominent, mais pas avec celles comme Al Jazira. Pourront ils empêcher Al Horra (chaîne en arabe financée par les Etats Unis) de parler?"
Quant à Hussein Abdel Ghany, il ne cache pas non plus son inquiétude. Chef du bureau d’Al Jazira au Caire, il déplore "un texte est très vague, avec beaucoup d'articles suffisamment flous pour être utilisés par des pays arabes afin de menacer notre liberté de parole." Son bureau, ouvert au Caire en 2001, compte 3 producteurs, 4 caméras, 5 correspondants. Hussein Abdel Ghany redoute le jour où l’Egypte sera en mesure de le fermer.
Une charte menaçant la liberté d’expression
Le 12 février, les pays arabes, à l'initiative de l'Egypte et de l'Arabie saoudite, ont adopté un document restreignant les libertés des chaînes satellitaires. Cette charte est présentée comme "régulant" leur fonctionnement. Elle a été approuvée par 21 des 22 ministres de l'Information des Etats membres de la Ligue arabe. Seul le Qatar, siège de la chaîne Al-Jazira, a voté contre. Le texte donne aux pays signataires le droit de "retirer, de geler ou de ne pas renouveler les autorisations de travail des médias qui enfreindraient les règles mentionnées dans ce document".

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