Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Les médecins battent le pavé

Le 24-02-2008 par Louise Sarant


Le milieu médical est en pleine ébullition et les médecins n’hésitent plus à protester, ulcérés par les conditions de travail médiocres qui sont leur lot quotidien.

Hamdy el Sayyed, photo LSTous les 15 jours et cela depuis le 10 février, on peut voir des blouses blanches protester, entourées de banderoles de couleurs vives. Elles sont pourtant moins nombreuses que les policiers blindés qui font rang serré autour de cette poignée de revendicateurs.

Dans la liste des réclamations vient d’abord le salaire. 150 guinées par mois sont gracieusement données par le gouvernement à tout jeune médecin diplômé, qui doit au minimum deux ans à l’Etat. Cette somme ne couvre pas les frais de transport, alors comment dans ces conditions avoir toute son attention concentrée sur sa formation ? Pour , le président du Syndicat des Médecins et parlementaire, voilà où réside le principal écueil : "Pendant les 5 à 7 ans que durent la formation d’un jeune médecin, il dépend du salaire que lui verse le gouvernement. Alors que tout jeune médecin doit se concentrer sur sa formation particulière et acquérir de nouveaux savoirs, il est poussé par la nécessité à courir d’une clinique à l’autre pour joindre les deux bouts." explique-t-il à Alif. Le deuxième point de discorde entre le syndicat et le gouvernement réside dans le budget alloué au domaine de la santé. Chaque année, le ministère de la santé reçoit seulement 4% du budget national et pour les médecins en exercice ce chiffre doit être doublé. C’est aussi l’avis de Hamdy El Sayyed, qui en tant que membre du Parlement a fait remonter la plainte en haut lieu "Evidemment on m’a répété que le budget total est insuffisant dans tous les domaines. On soutire à un domaine pour en donner plus à un autre… c’est évident que les 4% du budget alloué à la Santé sont largement insuffisants, mais tout est bon en Égypte pour prévenir l’inflation…"

La rébellion s’organise

Afin d’organiser les plaintes des médecins et d’acquérir un poids politique, l’association "Doctors without rights" a été créée en mai 2007. Ce "groupe d’opposition", comme l’appelle Hamdy El Sayyed est pourtant rattaché au syndicat, comme la totalité des 180 000 médecins que compte le pays. Ils exigent un salaire minimum de 1000 guinées pour chaque praticien ainsi qu’une augmentation des primes et une réduction des frais de formation. Car à l’heure actuelle, obtenir un master en médecine coûte 1500 guinées.
Dans les semaines voire les mois qui viennent, il n’est pas question que les médecins relâchent la pression. Les réunions bi mensuelles devant l’Assemblée du Peuple ne font pas mine de s’essouffler, et le 15 Mars prochain les médecins des hôpitaux du service public doivent cesser le travail pendant deux heures. Cette grève qui se déroulera entre 9 et 11 heure du matin ne concernera ni les urgences ni les soins intensifs.

Quelques notes d’espoir


Même si le "grand patron des médecins" Hamdy el Sayyed, doute que ces exigences aboutissent et si le gouvernement se contente d’une avancée minimaliste, le tableau n’est pas entièrement noir. "L’Égypte a fait d’énormes progrès dans le domaine de la prévention. La Polio, la Malaria sont des maladies qui ont été éradiquées, la Bilharziose qui était endémique, touchant près de 30% des égyptiens a été réduite à 1.5%. Enfin, une vaste campagne de vaccination infantile a réduit sensiblement la mortalité des enfants", tempère Hamdy el Sayed.


Le Parlement planche en ce moment même sur la mise en place d’une assurance maladie à l’échelle nationale qui couvrira tous les stades de la maladie, de la prévention au traitement. Cette nouvelle assurance maladie devrait être mise en place d’ici 5 ans.


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