Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Herboristes de père en fils

Le 24-02-2008 par Arnaud Saint Jean

Visite d’une épicerie traditionnelle du Caire islamique. A la découverte d’un art pratiqué ici depuis des générations : la médecine douce des plantes et des épices.

 Le patriarche Hosni, dans l'épicerie familiale  (photo A.Saint-Jean)

Perdue au milieu des échoppes de tissu d’une minuscule ruelle du soukh de Bab el Futuh, l’épicerie de la famille Hosni n’est pas la plus voyante, mais son ancienneté vaut toutes les enseignes lumineuses. Dans la famille Hosni, on tutoie les plantes depuis 9 générations, paraît-il.  De père en fils, les recettes de leurs concoctions maison sont jalousement conservées dans le grimoire de l’ancêtre. Des centaines de pages manuscrites à la plume, accumulée au fil des maux et des remèdes. Aujourd’hui encore, Tarek Hosni, la quarantaine souriante, conserve le précieux livre sous sa caisse enregistreuse. "C’est une copie", comme s’il s’excusait, "l’original est trop vieux, il s’effrite."

Pour les déçus du viagra

La lavande pour les maux d’estomac, les étoiles d’anis pour la voix, la baie de l’ "œil du diable" pour éloigner le mauvais œil, mais aussi de la glue végétale, "plus collante que celle que tu achètes en tube, mais sans produits chimiques", la boutique des Hosni revendique plus de 1000 plantes et épices différents. "90% de nos épices proviennent d’Egypte. Des plantes qui poussent seules, naturelles, jamais cultivées. On les cherche dans le désert, sur les sommets de Ste Catherine ou dans le Delta."

Sous l’œil du patriarche impassible, Tarek plonge à pleines mains dans les bocaux de verre, ouvre les tiroirs poussiéreux pour en sortir un baume miracle, création de son grand-père. "Les épices et les plantes ont cette particularité de pouvoir à la fois être cuisinés, guérir et embellir. Notre spécialité, c’est l’homéopathie."

Au palmarès des peines que l’on traîne ici, l’hypertension, le diabète et les troubles sexuels sont les plus répandus. "Les maux du temps  présent", selon le patriarche. A grandir dans cette cour des miracles, il a eu tout loisir d’observer les tracas de ses concitoyens. "Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de pharmacies. Et puis, les clients se sont un peu détournés des plantes, à l’arrivée des médicaments et des pilules miracles. Mais avec les déçus du viagra et tous ces cas d’effets secondaires de médicaments qui détruisent quelque chose pour en guérir une autre, ils reviennent nous voir."

Epices (photo A.Saint-Jean) 

Tout goûter, tout enseigner

"Bien sur, certains médicaments traitent des pathologies que les plantes ne guérissent pas encore", tempère Tarek. "Je ne vais pas prétendre guérir le cancer avec mes épices ! Pour les yeux aussi, dont les Egyptiens souffrent beaucoup, nous ne proposons que trop peu de traitements. Mais dans tous les cas, les plantes gardent l’avantage de tuer le mal à la racine, profondément dans le corps. Nous, nous ne soulageons pas ; nous traitons."

Fidèle à la tradition familiale, Tarek enseigne à son fils les vertus des plantes. "S’il veut reprendre le magasin, il le reprendra, sinon on verra. Mais de toute façon, il doit connaître les plantes. Je ne parle pas de mémoire brute, mais comme je l’ai fait avant lui : les toucher, les goûter, les reconnaître parmi cent. Et quand on les connaît, on aime le métier."

Et pour faciliter la transmission de témoin, Tarek s’est mis en tête de graver le trésor familial sur CD-ROM…


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