Coupables d'être séropositifs
Le 10-02-2008 par Arnaud Saint Jean
L'organisation Human Rights Watch (HRW) publie un rapport inquiétant, affirmant que plusieurs égyptiens ont été arrêtés, torturés et condamnés à des peines de prison, sur accusations de séropositivité et homosexualité.
"Egypte : stop à la criminalisation du sida". Cet appel est lancé cette semaine par l'organisation Human Rights Watch, qui s'alarme du traitement subi récemment par huit Egyptiens présumés homosexuels et séropositifs. Selon HRW, la série d'arrestations a débuté en octobre dernier, par l'interpellation de deux hommes, au cours d'une banale altercation dans la rue. C'est après que l'un deux ait déclaré être séropositif, que la police des moeurs les a pris en charge. Les deux hommes affirment avoir été insultés, battus et soumis à un "examen anal", censé "prouver" leur homosexualité. D'après HRW, les deux hommes seraient toujours détenus, actuellement enchaînés 23h par jour à leur lit d'un hôpital du Caire.
Peines d'emprisonnement
HRW rapporte 6 autres arrestations : deux hommes dont les coordonnées auraient été trouvées sur les deux premiers interpellés et quatre autres, dont l'unique tort seraient de s'être trouvé dans un appartement "apparemment mis sous surveillance par la police égyptienne". Ces quatre hommes ont été jugés en janvier dernier et condamnés à un an d'emprisonnement, peine confirmée un mois plus tard par la cour d'appel.
"L'Egypte met en jeu non seulement sa réputation à l'international mais aussi sa propre population, si elle répond à l'épidémie de sida avec des peines de prison, au lieu de mesures de prévention et de soins", a déclaré Scott Long, responsable pour l'organisation des dossiers de genres. "Ces cas montrent que la police égyptienne agit sur la base de la dangereuse croyance que le sida n'est pas une maladie devant être traitée mais un crime devant être puni", ajoute-t-il dans le rapport.
L'affaire du Queen Boat
Ce cas n'est pas une première en Egypte, où l'homosexualité et le sida restent de solides tabous. En mai 2001, l'affaire du "Queen Boat" avait connu un fort retentissement : accusés d'homosexualité, 55 Égyptiens avaient été arrêtés et certains emprisonnés pendant des mois. Pour la première fois, le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire avait été saisi par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme et en avait conclu que "la détention au motif de l’orientation sexuelle présumée est arbitraire."
La même année, à l'occasion de la Conférence des Nations Unies sur le sida, l'Egypte - tout comme les Etats-Unis, la Libye et le Vatican - avait freiné la rédaction d'une déclaration commune, proposant une redéfinition critique des pratiques à risque, exposées ainsi : "homosexualité entre hommes, prostitution et autres formes de comportements sexuels irresponsables."
Une loi vieille de 50 ans
Les organisations de défense des Droits de l'Homme critiquent régulièrement l'utilisation faussée d'une loi égyptienne datant de 1961, qui prévoit une peine pour "toute personne qui, de manière régulière, est engagée dans la débauche ou dans la prostitution".
Human Rights Watch appelle le gouvernement égyptien à "cesser les arrestations arbitraire et prendre des mesures pour mettre fin aux préjugés et à la désinformation sur le sida", ajoutant que "ces arrestations et ces procès choquants incarnent l'ignorance et l'injustice."
SUR LE MEME THEME - Contre le Sida: Chrétiens et Musulmans, même combat
Un tabou qui tue
L’épidémie de Sida reste un énorme tabou dans les pays arabes. Presque impossible d’obtenir des statistiques fiables sur le sujet. Mais les chiffres disponibles font froid dans le dos. Conflits, pauvreté, manque d’éducation et d’information, mobilité des populations, jeunesse, inégalité entre les sexes… Les pays arabes accumulent les facteurs propices à l’étendue de l’épidémie.
Selon le "British Medical Journal", une nouvelle infection au VIH arrive toutes les 20 minutes dans le monde arabe. Ce qui porterait à 210 000 les nouveaux cas d’infections en 2006 dans la région. Certes c'est beaucoup moins que dans les pays d'Afrique subsaharienne: 2,8 millions d'infections en 2006, plus de la moitié des 4,3 millions de nouvelles infections dans le monde. Mais d’après des projections de la banque Mondiale, d’ici 2015, 15% de la population des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord pourrait être infectée.
Commentaires
Michel
Je suis surpris par l'absence de réactions de vos lecteurs à cet article. J'aurai pour ma part apprécié de vous lire dans un quotidien français, pour ouvrir les yeux de nos compatriotes qui ne voient pas plus loin que le bout du nez de qui vous savez. mais après tout, qui s'interesse à cela ? L'Egypte semble intouchable.

rss