Rafah ville ouverte
Le 27-01-2008 par Guillaume de Dieuleveult
Deux jours après l’ouverture de la frontière avec la bande de Gaza, Rafah était quasiment devenue une ville palestinienne, submergée par le flot de Palestiniens. Une situation qui met l'Egypte dans l'embarras. Reportage
Rafah, cette petite ville de cinq mille habitants et qui compte trois rues principales, est totalement submergée par le flot de Palestiniens venus s’y approvisionner. Côté égyptien des convois de camions et de minibus chargés à ras bord confluent vers la frontière. Les pompes à essence situées entre Rafah et Al Arish sont littéralement submergées.
A Rafah, malgré l’immense vacarme, la foule reste calme. Chacun va, sans précipitation, acheter les produits qu’il espère revendre de l’autre côté de la frontière, ou dont il a le plus besoin.
C’est le cas d’Ibrahim Ahmed, un habitant de la bande de Gaza qui charge une charrette de sacs de ciment. "Nous allons nous en servir pour réparer notre maison, faire des travaux. Nous pourrons enfin vivre dans une maison confortable". Pas question pour lui de quitter la bande de Gaza. "Mon pays est mieux, estime t’il, je n’ai aucune raison de tenter ma chance en Egypte."
Non loin de là, Mohamed Mahmoud se tient debout devant un carton plein de cartouches de cigarettes. Ancien soldat de l’autorité palestinienne, il vend ses paquets à 8 shekels, presque quatre fois moins que de l’autre côté de la frontière. "Je touche cinq shekels par cartouche, je gagne un peu d’argent… J’espère que cette situation durera une éternité."
Délicat
Le gouvernement égyptien est dans une position délicate. Il faut canaliser cette foule et l’empêcher de s’étendre plus loin dans le territoire égyptien tout en évitant de passer
pour un ennemi de la cause palestinienne. Conscients du potentiel mobilisateur de cette situation, les Frères Musulmans ont organisé mercredi dernier une manifestation de soutien, au Caire. 3000 personnes ont pu se rassembler devant le siège de la ligue arabe, place Tahrir. Les forces de l’ordre, présentes en nombre, auraient opéré près de 500 arrestations.
A la frontière avec la bande de Gaza, les forces de l’ordre égyptiennes se sont faites plus discrètes que dans la capitale. Armés de matraques électriques, chiens-loups en laisse, quelques soldats tentaient jeudi dernier de contenir la foule compacte qui traversait le poste frontière. Côté palestinien, les militants du Hamas, fusil-mitrailleur en bandoulière, observaient la situation. Des dizaines de voitures étaient garées le long des brèches, le no man’s land était transformé en parking. Sur la palissade d’acier abattue, des enfants jouaient au toboggan.
Commentaires
Noha
Les photos sont très vives , et le dossier est riche .. Bravo Guillaume, Arnaud, et Ahmed Hassan !!

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