Numéro 92, semaine du dimanche 01 mars 2009

le magazine francophone d'Egypte


Siwa, paradis menacé

Le 23-12-2007 par alif

Perdue au cœur d’une dépression à 18m sous le niveau de la mer dans le désert libyque, à plus de 500 km du Caire et à 300 des côtes méditerranéennes, Siwa est un petit paradis sur Terre. Un écrin de verdure au cœur du désert menacé par le tourisme.

Le tourisme de masse risque de se développer à Siwa avec la politique de développement forcé menée par le gouvernement égyptien. Un stade olympique de 20 000 places a déjà été construit, de plus en plus en plus d’usines s’installent dans la région et un projet d’aéroport est même évoqué… Une fois Siwa à 1h d’avion du Caire – actuellement à 7-8h en taxi, ou 10-12h en bus – le paysage de l’oasis en sera fortement affecté

On peut déjà imaginer de nouveaux hôtels se construire un peu partout, d’abord de façon éparse puis sous forme de complexes de luxe. Les maisons traditionnelles – qu’une organisation soutenue par l’UNESCO essaye de mettre en valeur en réhabilitant les techniques de construction anciennes – risquent de laisser place au béton et les immenses palmeraies risquent d'être menacées.

Les coutumes vénérées 

4/4 Siwa, photo BW


À Siwa, on vénère les coutumes et on les applique avec rigueur. Les femmes portent un habit traditionnel en laine qui les couvre totalement, et ne laisse qu’un "grillage" pour leur permettre de voir. Le décalage avec les touristes légèrement vêtues descendant de car est donc radical.

Malgré tout cette politique n’a pas que des effets négatifs. En effet, les usines qui se construisent apportent du travail aux siwis qui ne peuvent plus réellement vivre uniquement de leurs cultures – dattes et olives principalement – et qui peuvent ainsi rester à Siwa, au lieu d’aller à Marsah Matrouh pour espérer mieux gagner leur vie. 

Benjamin Wiacek , pour Alif

Une oasis jalouse de sa différence

La plus septentrionale des oasis d’Egypte resta longtemps très isolée, et elle conserve encore aujourd’hui ses plus anciennes traditions. L’oasis regroupe 11 petits villages, dont Shali le plus important et est peuplée d’environ 23 000 siwis. Ceux-ci sont d’origine berbère – c’est d’ailleurs le seul endroit d’Egypte où l’on peut manger du couscous – et le revendiquent. Ils aiment à dire qu’ils sont avant tout de Siwa, qu’ils ont des origines bédouines, et qu’ils sont ensuite Egyptiens. Leur langue même, très différente de l’arabe égyptien, est un mélange d’arabe classique, de bédouin et de dialecte berbère.


Commentaires

Vous

J'ai eu le privilège de séjourner à Siwa en octobre 2005 et d'en apprécier le charme si particulier. Une parenthèse inoubliable de sérénité et de beauté face au chaos qu'est devenue l'Egypte à maints égards. Le tourisme pour faire vivre les Siwis ? Certes, mais, de grâce, pourquoi des infrastructures monstrueuses qui verront déferler des hordes de touristes, pour la plupart irrespectueux, et qui défigureront inévitablement et irrémédiablement le site. Siwa et ses habitants y perdront assurément leur âme ... Honte, tristesse et colère, voilà ce que m'inspire le projet d'urbanisation d'un des derniers paradis que compte l'Egypte.

Vous

Il y a quelques années, je suis allée à Siwa, j'ai été envoutée. Le soir, sur la place les hommes étaient réunis et dans des rires sans fin s'amusaient à des jeux improvisés. C'était bon enfant, je me sentais bien. J'y suis retounée ensuite 2 fois. L'ambiance n'est plus la même. Les Siwi rieurs disparaissent sous la mondialisation. Dommage, mais j'ai eu la grâce de l'avoir connu avant son déclin sous le béton.Mon souhait le plus cher et que l'on garde aux Siwi leur âme.


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