Avant Annapolis : des négociations pour rien ?
Le 25-11-2007 par Arnaud Saint Jean
Toute la semaine, dirigeants arabes et diplomates se sont succédés en Egypte pour tenter de donner un sens à la future conférence sur la paix d'Annapolis, programmée pour le 27 novembre. Retour, jour par jour, sur des négociations décevantes.
S'il fallait simplifier le résultat de l'intense semaine diplomatique qui vient de s'achever, le constat serait désespérément maigre : oui, les pays arabes participeront à la conférence de paix organisée par les Etats-Unis, mais non, aucune ébauche de pseudo consensus n'a pu être dégagée. Israéliens et Palestiniens ont été incapables de s'entendre, ne serait-ce que sur les sujets à aborder. Un échec cuisant, qui pose la question de l'intérêt d'une telle conférence.

Lundi - Olmert casse l'ambiance
Rencontre entre le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas. Les deux hommes campent sur leurs exigences et aucun document commun, qui aurait pu servir de base aux discussions d'Annapolis, n'est trouvé. A l'issue de la rencontre, le négociateur palestinien Saëb Erakat confirme que la rencontre "a été difficile et des divergences demeurent". La veille déjà, Ehud Olmert refroidissait l'ambiance en prévenant les Palestiniens : "Je conseille de ne pas exagérer l'importance (de la réunion d'Annapolis) et créer des attentes excessives".
Mardi - Moubarak prêt à se rendre en Israël
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert rencontre Hosni Moubarak à Charm el-Cheikh. L'heure est aux déclarations de bonne volonté. Le Premier ministre israélien déclare espérer un règlement "définitif" avec les Palestiniens d'ici 2008.
De son coté, le Président égyptien surprend son monde en se disant prêt à se rendre en Israël : "Si ma visite va régler le problème palestinien, je suis prêt à m'y rendre". Mis à part pour l'enterrement de l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, le Président égyptien n'a jamais effectué de visite officielle en Israël, malgré la normalisation entre les deux pays depuis 1979.
Ehud Olmert saisit l'opportunité et répond : "Le président est un ami d'Israël. Il a en permanence une invitation à se rendre en Israël. Lorsqu'il viendra il sera reçu avec tous les honneurs."
Mercredi - Bush et Blair s'en mêlent
Tony Blair, représentant spécial du Quartette pour le Proche-Orient, arrive à Charm el-Cheikh pour y rencontrer Hosni Moubarak. Rien ne filtre du tête à tête, si ce n'est que les deux hommes ont "discuté des moyens de faire revivre le processus de paix avant la conférence internationale", selon l'agence MENA. Dans la journée, le ministre égyptien des affaires étrangères Aboul Gheit est le premier à annoncer qu'il participera à la réunion d'Annapolis, après avoir reçu une invitation de Condoleeza Rice.
Le soir même, Georges Bush s'entretient au téléphone avec les dirigeants égyptien, palestinien et israélien.
Jeudi - La maison blanche envoie les invitations
Réunion tripartite entre les dirigeants égyptien, jordanien et palestinien. A l'issu de la rencontre, le porte-parole du président égyptien, Souleimane Awad rapporte l'optimisme général : "Annapolis pourrait répondre aux ambitions des Palestiniens et du peuple arabe et de tous ceux qui sont intéressés par la question palestinienne et le processus de paix", expliquant que l'invitation adressée par la Maison blanche "comporte des références à la paix, et notamment à l'initiative arabe et au principe des territoires contre la paix ".
Mais l'optimisme de cette déclaration est alors à prendre au regard de la prudence affichée le lundi d'avant par Hosni Moubarak : "Nous ne devons pas nous attendre à ce que la réunion d'Annapolis puisse résoudre tous les problèmes"
Vendredi - Tout le monde en sera, malgré l'échec
Réunis au Caire en session extraordinaire, les pays de la Ligue arabe annoncent officiellement leur participation à la réunion d'Annapolis.
Malgré ses menaces de non participation au cas où la réunion d'Annapolis serait "vidée de son sens", l'Arabie Saoudite rejoint les rangs. Le prince Fayçal d'Arabie explique alors que "Si ça n'avait pas été pour préserver le consensus de la réunion du Caire, l'Arabie saoudite ne serait pas allée à Annapolis. (...) Nous n'y allons pas dans le but de serrer des mains ou pour une débauche d'émotions. Nous sommes là uniquement pour obtenir une paix qui préserve les intérêts arabes et préservent les terres palestiniennes, syriennes et libanaises."
Mais la déclaration commune n'inclut pas explicitement la Syrie, qui conditionne toujours sa participation à la question du plateau du Golan, occupé par Israël en 1967 puis annexé en 1981. Damas réclame que le sujet de sa restitution figure à l'agenda de la réunion. "Condoleezza Rice a promis une réponse positive à cette demande et si nous recevons une réponse formelle positive, la Syrie participera", explique le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem.
Annapolis : qui veut quoi?
Les pays arabes
Les pays arabes accordent leurs revendications sur le plan de paix arabe, relancé lors d'un sommet à Ryad en mars dernier. Ce plan propose une normalisation des relations entre les pays arabes et Israël, sous trois conditions :
- Retrait israélien des territoires occupés depuis 1967
- Création d'un Etat palestinien avec Jérusalem-est pour capitale
- Règlement "équitable et agréé" de la question des réfugiés palestiniens
Plus particulièrement, la Syrie réclame le plateau du Golan, occupé par Israël en 1967 puis annexé en 1981.
Israël
Malgré quelques déclarations de bonne intention telles qu'un règlement "définitif" avec les Palestiniens d'ici 2008, Ehud Olmert n'a jamais caché son manque d'enthousiasme. Très tôt, le Premier ministre israélien a prévenu qu'il ne faudrait pas attendre grand chose d'Annapolis. Et s'il s'est engagé à libérer quelques 450 prisonniers palestiniens et à arrêter les nouvelles colonies, il s'est en revanche exprimé contre des libérations plus importantes et, surtout, opposé à l'arrêt des constructions au sein des colonies actuelles.
Les Etats-Unis
En annonçant à la hâte l'organisation d'une conférence de la paix sur son sol, les Etats-Unis ont clairement voulu reprendre en mains un dossier israélo-palestinien négligé par l'administration Bush. D'abord présenté comme une occasion historique d'obtenir une paix durable, le contenu de la future conférence s'est peu à peu vidé de son sens.
Coté américain, cette conférence devrait servir à mettre à plat un document commun qui traiterait en termes généraux des principaux points, en particulier les frontières, l'avenir de Jérusalem et le sort des réfugiés, mais sans proposer de règlement précis.

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