Une religion hors la loi
Le 18-11-2007 par Guillaume de Dieuleveult
La communauté Bahaï sans papiers. Human Rights Watch dénonce le statut des minorités religieuses en Egypte.
Le tribunal administratif du Caire a repoussé mardi dernier son verdict concernant la demande de deux membres de la communauté Bahaï d’Egypte à obtenir des documents officiels. Cette décision est pourtant attendue depuis 2003 par Emad et Nancy Raouf Hindi, deux Bahaïs d’Egypte.
Comme ces deux plaignants, les deux à trois mille membres de la communauté Bahaï d’Egypte se retrouvent dans une situation kafkaïenne depuis l’informatisation des registres d’état civil. En Egypte, les documents officiels mentionnent la religion. Avant l’informatique, les papiers étaient rédigés à la main et les Bahaïs pouvaient demander de mentionner leur religion ou un neutre « autre » à la case prévue.
Désormais, le système informatique n’accepte plus que trois religions : islam, judaïsme et christianisme. Le résultat pour les Bahaïs d’Egypte est qu’ils sont privés de leurs droits civiques : sans carte d’identité, impossible d’ouvrir un compte en banque, de s’inscrire à l’école, d’obtenir un passeport…
Le malaise des minorités religieuses
Le professeur Labib Iskandar Hanna (photo) est membre de la communauté Bahaï. Sa vieille carte d’identité à la main, il montre les lignes tracées à l’encre noire, il y a bien des années, par un fonctionnaire égyptien. "Il avait écrit que j’étais chrétien, mais regardez, je lui ai demandé de barrer pour mettre bahaï. À l’époque les fonctionnaires étaient tolérants. Maintenant ce n’est plus le cas et ma carte d’identité devra être renouvelée début 2008. Comment vais-je faire, je ne peux pas accepter de mentir sur ma religion… Est ce que je vais devoir vivre sans papiers ?"
Bien que microscopique, la situation de la communauté bahaï d’Egypte révèle le malaise des minorités religieuses dans le pays. Ce problème a été soulevé la semaine dernière par l’ONG Human Rights Watch (HRW), dans un rapport qui dénonce fermement la responsabilité du gouvernement égyptien.
"Les services de sécurité égyptiens ont exploité le décret (de 1960) pour orchestrer six grandes répressions contre la communauté Bahaï, en 1965, 1967, 1970, 1972, 1985 et 2001. Les autorités ont arrêté un total de 236 Bahaïs (…), accusés de "mépris des religions", affirme HRW.
Soustraire la mention des documents officiels
Un comportement que Labib Iskandar explique à sa façon : "Notre siège est situé à Haïfa, en Israël. Pour cette raison, les autorités égyptiennes nous ont toujours soupçonnés de n’être pas fidèles au pays." Cette méfiance à l’égard de la communauté Bahaï s’explique aussi par les prises de position d’Al Azhar, la plus haute autorité sunnite d’Egypte. En 1986, Al Azhar a donné une fatwa affirmant que "la foi Bahaï n’est pas une religion, n’est pas approuvée par l’islam et sème les graines de la discorde au sein de la Nation Musulmane."
Pour résoudre la situation, HRW propose de soustraire la mention "religion" des documents officiels.
Pour en savoir plus, lisez le rapport de Human Rights Watch (en anglais).
Qu’est ce que le bahaïsme ?
La "plus jeune religion indépendante du monde" est née en Iran au milieu du XIXe° siècle. Son fondateur, Mirza Husayn ‘Ali, prend en 1863 le titre de Baha’u’llah, ce qui signifie la gloire de Dieu. Il se situe dans la lignée d’un autre Iranien surnommé Al Bab (la porte). Tous deux annoncent l’arrivée d’une nouvelle croyance, à la suite de toutes les religions précédentes. Le credo de cette foi nouvelle est l’unité des peuples et "la paix universelle".
Les bahaïs sont présents en Egypte depuis 1864. D’abord acceptés dans le pays, leur condition se détériore à partir des années soixante. Ils sont alors accusés d’être des agents sionistes, soutenus financièrement par les Etats-Unis.
Commentaires
Vous
Merci pour ces précisions...
Bassem
"la foi Bahaï (...) sème les graines de la discorde au sein de la Nation Musulmane." Encore la peur paranoïaque de la diversité. La peur typique des aveugles qui mènent le troupeau égyptien.

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