Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


L'Egypte ne mégote plus

Le 18-11-2007 par Arnaud Saint Jean

Plusieurs personnes surprises en train de fumer dans l'aéroport du Caire ont reçu des amendes payables sur le champ. Une répression quasi-inédite en Egypte, où le tabagisme est roi malgré une législation bien existante.

Quiconque a un peu observé la ville témoignera que l'unique véritable espace non fumeur du Caire reste son métro. Là où hôpitaux, administrations et même les écoles ont bien du mal à respecter les textes qui interdisent la cigarette entre leurs murs, le sous-sol cairote fait figure d’exception. Une discipline qui s'expliquerait par un règlement strictement mis en place dès le commencement et assuré depuis avec un certain zèle de la part des agents de surveillance. En clair, sous l'angle de la répression, le métro cairote serait donc non fumeur car il est aujourd’hui le seul endroit où allumer une cigarette se fait dans la crainte de la contravention.

Partant de ce constat, les autorités sanitaires égyptiennes ont décidé de redresser la ligne de leur politique anti-tabac. Pour la première fois, la semaine dernière, une centaine de personnes, dont des passagers et des membres du personnel de l'aéroport, ont été condamnées à acquitter sur le champ des amendes allant de 50 à 100 livres égyptiennes (6 à 12 euros).

L’Egypte fume comme un pompier

Les rapports d'organisations de la santé sur la tabagisme en Egypte sont nombreux et le constat est unanime : L'Egypte est une très grande fumeuse, la plus dépendante du pourtour méditerranéen, même. Selon une étude de l'International Resource Center, un peu plus du quart de la population égyptienne fume, consommant au passage 24% des cigarettes fumées dans toute la région. Et parmi les personnes qui se déclarent non-fumeuses, une proportion importante fume d'autres sortes de tabac par d'autres moyens que les cigarettes, par exemple les shishas (pipes à eau).

Les derniers chiffres officiels publiés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) révèlent des proportions assez impressionnantes : en 2001, 40 % des hommes égyptiens de plus de 15 ans étaient fumeurs, contre 18 % de femmes adultes.

Dans un autre rapport publié en 2004 à l'occasion d’une journée mondiale sans tabac, inscrite sous le slogan "tabac et pauvreté : un cercle vicieux", l'OMS cite une étude économique menée sur les conséquences financières du tabagisme dans les pays en développement : "(cette étude) a estimé que le tabac entraîne une perte nette de 20 milliards de dollars par an, dont un tiers dans les pays en développement. En Egypte, le coût annuel du traitement des maladies dues au tabagisme a été estimé à 545,5 millions de dollars en 2003"

Engagements officiels  

Pourtant, en 2005, l'Egypte a ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), sous l'égide de l'OMS, premier traité international négocié sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé. Cette convention demande aux pays d’imposer des restrictions sur la publicité, le parrainage et la promotion en faveur du tabac, de mettre en place un nouvel étiquetage, d'adopter des mesures pour assurer la propreté de l’air à l’intérieur des locaux et de renforcer la législation afin de supprimer la contrebande du tabac.

Peut-être que les premières amendes distribuées à l'aéroport du Caire seront un jour reconnues comme les premiers pas vers le respect des engagements égyptiens.


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