Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Deux viols par heure

Le 11-11-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Une organisation dénonce les violences sexuelles dont les femmes sont victimes en Egypte. Un phénomène profondément inscrit dans les mentalités.

En Egypte, deux femmes sont violées toutes les heures en moyenne affirme l’ONG Egyptian Center for  Women Rights (ECWR). Cette ONG indépendante milite pour la défense des droits des femmes et contre le harcèlement sexuel dont les Egyptiennes sont victimes dans leur quotidien. En juin dernier, elle avait déjà publié un sondage sur ce phénomène.

D’après l’ONG, 40% des femmes en Egypte seraient victimes "d’attouchements inappropriés", 38% de "harcèlement verbal". 12% disent être harcelées quotidiennement (lire à la fin l’interview sur ce sujet).
Difficile de lister les causes de ce phénomène. Mais d’après l’ECWR, le chômage et les frustrations quotidiennes seraient un facteur permettant d’expliquer les comportements violents des hommes envers les femmes dans la rue. " Les hommes se débarrassent de leurs frustrations, sexuelles ou autres, en s’en prenant aux femmes", suppose un membre de l’ECWR.
"Un autre aspect de ce problème est l’intériorisation, chez les femmes, de leur infériorité par rapport aux hommes", explique Iman Hamza, rédactrice en chef de l’hebdomadaire féminin "Hawa" (Eve). Ce sentiment, elle le combat chaque semaine dans ses éditoriaux. Plus de cinquante ans après la création du journal, Hawa revendique toujours les valeurs féministes qui ont été à l’origine de sa création. "Ici les femmes sont d’abord victimes de leur ignorance. Je rappelle sans cesse qu’elles ont le droit au savoir. Et pour convaincre les lecteurs, je m’appuie sur le fait que l’islam préconise l’éducation pour les femmes comme pour les hommes."

Pas évident de changer des mentalités et des images profondément enracinées, reconnaît également Leïla Meguid, professeur de journalisme et doyenne de la faculté de communication du Caire. "Il faut sortir du cliché de la femme incapable de contrôler ses sentiments."

Une ONG dénonce la hausse du harcèlement sexuel en Egypte



Le 17-06-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes dénonce un environnement de plus en plus pesant pour les femmes en Egypte. Tabous et misère sexuelle engendrent frustration, qui à son tour renforce misère sexuelle et tabous. Comment sortir du cercle vicieux ? Interview.

 

D’après votre enquête, le harcèlement sexuel est un phénomène qui touche toutes les femmes en Egypte, quels que soient leur condition sociale, l’endroit où elles vivent, leur façon de s’habiller, leur âge… 40% des femmes que vous avez interrogées se sont plaintes d’attouchements inappropriés, 38% de harcèlement verbal et 12% ont dit être harcelées quotidiennement (voir des détails sur le sondage à la fin). À partir de quand y a t-il harcèlement sexuel ?
Les formes les plus claires du harcèlement sexuel sont la tentative de viol et la masturbation en public. Viennent ensuite des comportements plus difficiles à classifier : des paroles, des regards qui peuvent être interprétés différemment selon les sensibilités. Nous avons adopté une définition assez large du harcèlement sexuel. Nous le définissons comme un comportement non voulu par une femme, sexuel dans sa nature et qui la met dans une situation d’insécurité, de mal être. Il n’y a pas forcément de violence ni d’agressivité mais un sentiment de violence et d’agressivité latentes.

Quelle est la conséquence de cette tendance ?
La restriction de l’accès à la sphère publique pour les femmes : cela devient plus difficile de marcher dans les rues, d’aller au travail... À terme c’est une pression qui pousse la société égyptienne dans son ensemble vers le bas. Les femmes que nous avons rencontrées disent que cela fait cinq ans environ qu’elles sentent croître cette pression sexuelle en Egypte.

Que proposez vous pour sortir de ce cercle vicieux ?
L’ECWR travaille dans trois directions. Accroître la conscience publique est une première étape. Pour cela nous utilisons les télévisions égyptiennes et nous nous adressons aux hommes. Nous essayons de leur expliquer le problème dans son ensemble, pour qu’ils prennent conscience des conséquences de leurs actes. Beaucoup d’hommes ne sont pas conscients du poids de leur comportement sur les femmes. Quant aux femmes, nous avons découvert que certaines d’entre elles ont l’impression d’être fautives. Nous essayons de diminuer ce sentiment.

Nous essayons également d’encourager le public à réagir, ne serait-ce que par la parole, lorsqu’il est témoin de scènes de harcèlement sexuel. Deuxième champ d’action : nous travaillons à la rédaction d’une loi qui protège mieux les femmes. Nous estimons que les outils juridiques ne sont pas suffisamment efficaces. Nous avons également un programme d’intervention dans les écoles, où nous diffusons aux enfants un dessin animé qui les sensibilise à la question.

Vous adressez vous à la fibre religieuse, très présente chez les Égyptiens ?
Non, il n’y a pas de message religieux dans notre campagne. Nous ne voulons surtout pas donner à croire que seules les personnes vraiment religieuses sont celles qui ont un comportement respectueux à l’égard des femmes. Cela va au-delà de la question de la religion, cela concerne tout le monde. Et puis un message religieux, c’est à double tranchant : indirectement, les hommes peuvent se sentir accusés et ce n’est pas ce que nous cherchons.

Le sondage, l'ONG

Le sondage
Il a été réalisé auprès de 2800 femmes, dans les gouvernorats du Caire, de Guizah, à Wadi el Guedid, Louxor. La méthode utilisée est qualitative : les femmes interrogées ont été sélectionnées en fonction de critères sociaux.
L’élément déclencheur du sondage : les 3500 plaintes adressées par des femmes de toute l’Egypte à l’ONG.

L’ONG
Le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes est une ONG égyptienne qui compte une quinzaine de permanents et plus de cent bénévoles présents dans les 26 gouvernorats d’Egypte. Elle a été fondée en 1996.


Commentaires

Ramses02

Après avoir vécu 4 ans en Egypte (Ismaïlia), je pense que tout ceci est effectivement en pleine aggravation, non pas parce qu'on en parle plus, mais à cause du phénomène socio religieux sous jacent. Ce harcèlement des femmes, sans aller jusqu'au viol a pour objet final de les contraindre à se cacher la face, à se couvrir la tête, et à accepter leur statut d'êtres secondaires. Il ne sert à rien de se voiler la face (sic !), le but est là, et l'objectif est presque atteint. Les manipulations comportementales sont faites dans les mosquées, sous couvert de pousser les femmes à adopter une attitude plus conformes à leur "devoir" de modestie (ne pas provoquer les hommes...), et pour les hommes en leur demandant de tout faire pour rappeler les femmes à cette obligation. Il suffit d'avoir une discussion sans tabous avec une jeune égyptienne un peu critique pour s'en rendre compte. J'ai d'ailleurs vécu cette situation avec le personnel local que je dirigeais, et j'ai été mis dans l'obligation d'intervenir pour protéger une jeune employée contre des menaces venant de mon propre responsable du personnel (lequel m'a dit : j'ai obligation de lui rappeler l'attitude qu'elle doit avoir, comme si j'étais son père ou son frère...!) et ce gars-là était très modéré ! Regardez des photos des rues du Caire entre les années 60 à 90, et comparez avec des photos actuelles; vous verrez la différence. Nous n'en sommes au'au début du problème, car il reste environ 15 à 20% de femmes sans foulard, et celles-ci, chrétiennes inclues, vont subir de plus en plus de pression. A moins que la bataille soit déjà considérée comme gagnée, ce que je ne crois pas. Amitiés

La réponse d'Alif

Pardon pour cet oubli, l'interview date de juin dernier, nous avions rencontré un responsable de l'ONG "Egyptian women center" qui avait souhaité gardé l'anonymat.

un de vos lecteurs

Ce n'est clair qui est l'interviewe...Pouvez-vous nous le dire?

un de vos lecteurs

Merci pour votre reponse et vos efforts, mais a mon avis, les paroles de ce responsable ne sont pas assez credibles ou plutot exagerees puisqu'il souhaite garde l'anonymat. Je pense que ce centre est autorise par le gouvernement. Ce n'est pas de votre faute.

un couple "mixte" en égypte

une semaine de vacances en couple dans un excellent hotel de louxor de retour d'une balade dans la montagne thebaine, mon épouse, agée de 50 ans, originaire de Madagascar et de type indonésien , couverte comme doit l'etre une "occidentale" en pays musulman ; se separe de moi pendant une petite heure et marche seule sur la route de Gourna vers l'embarquement du ferry les sollicitations fusent , y compris de gamins d'une douzaine d'années,: dans le registre "t'en veux une grosse ..." auquelles , bien sur , elle ne repond pas au final deux hommes en djellaba la poussent dans un champ , voisin de la route, lui bloquent les mains et tentent de la violer elle s'en tire en se defendant à coups de pieds grace aux chaussures de marche !! malgre mon insistance, elle refusera de porter plainte ,considerant s'en etre "plutot bien tiré", ne voulant pas gacher nos derniers jours de vacances , et craignant d'avoir à subir de nouvelles humiliations dans le questionnement et le regard des policiers


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