Assemblée du PND : la cuisine interne occupe le devant de la scène
Le 11-11-2007 par Arnaud Saint Jean
La neuvième assemblée du Parti National Démocrate s'est refermée cette semaine sur un bilan politique flou et contesté, effacé par les questions internes de pouvoir.
Beaucoup d'observateurs faisaient déjà de ce Congrès le signal de départ à une succession annoncée : Gamal Moubarak était pressenti au poste de président du parti, fonction qui - en accord avec les derniers amendements constitutionnels - lui auraient permis de se présenter aux prochaines élections présidentielles. Une transmission héréditaire du pouvoir en douceur, que les membres du PND ont décidé de rendre moins évidente que prévue.
Car la principale surprise de cette assemblée générale fut l'élection, dès le premier jour, d'Hosni Moubarak au poste de président du PND. Occupant ce poste de fait, depuis sa succession à Sadate en 1981, le chef de l'état n'avait jusqu'ici jamais soumis sa fonction au suffrage interne. Une élection inédite, donc, mais largement facilitée par la frilosité des membres : en l'absence d'autres candidats, le raïs a tranquillement été élu avec 99%
Une "Autorité Suprême" inédite
Est-ce à dire que le scénario de succession est enterré? Pas vraiment, puisque l'autre réalisation concrète de ce Congrès semble en revanche taillée sur mesure pour Gamal Moubarak. Pour la première fois, le PND s'est en effet doté d'une "Autorité Suprême", instance interne au sommet, regroupant les quelques 45 membres du secrétariat général et du bureau politique du parti. Or, le dernier amendement constitutionnel prévoit justement que, désormais, les membres d'une telle autorité d'un parti seront autorisés à se présenter aux présidentielles. Plus besoin comme avant, donc, d'être président du parti. Secrétaire général adjoint et chef du secrétariat politique du parti, Gamal Moubarak intègre automatiquement l'Autorité Suprême. Pas de croix définitive, ainsi, sur le fameux scénario de la succession héréditaire.
Toujours au chapitre des considérations de pouvoir, la question des luttes d’influence interne n’a pas non plus trouvé le retentissement attendu : alors que beaucoup prédisaient une déchirure entre ancienne et nouvelle générations, le parti s’est efforcé de présenter une image d’union, teintée d’immobilisme, reconduisant à la tête de son secrétariat général Safouat al-Chérif, considéré comme un tenant de la "vieille garde".
Déficit de crédibilité du discours social
Retransmission en direct des débats, site Internet diffusant à la chaîne les derniers communiqués et nouveau slogan à fort accent social ("Avec nous, l’Egypte avance"), le PND avait fait le choix d’une communication à outrance. La majorité des interventions répercutées dans les médias soulignait les excellents résultats de la politique économique menée par le gouvernement Nazif, taux de croissance et d’investissements érigés en symboles de la réforme en cours.
Mais le contexte actuel de multiplication des mouvements sociaux et les problèmes de redistribution des richesses a tout de même rattrapé le PND, seul le ministre des Finances, Youssef Boutros Ghali, admettant publiquement que "le problème est que si les riches deviennent plus riches, les pauvres ne deviennent pas moins pauvres aussi vite."
Opposants politiques, observateurs et journalistes ont largement mis l’accent su le déficit de crédibilité du discours social du PND (voir à ce sujet notre revue de presse). "Je ne comprends pas de quel progrès ils parlent, à l’heure où le gouvernement lui-même avait avoué que les taux de pauvreté et du chômage ont largement augmenté dans le pays. Il est temps que le parti au pouvoir soit honnête avec lui-même et avoue son incapacité de provoquer le moindre progrès dans le pays", a ainsi réagi Amr Al-Chobaki, politicologue au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram.

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