Quel lien entre les grèves des ouvriers et l’opposition politique ?
Le 04-11-2007 par Guillaume de Dieuleveult
Directeur du "Middle East Research center", Joel Benin est spécialiste des mouvements sociaux. Il répond à Alif.
Depuis un an, l’Egypte connaît une vague de grèves sans précédent. Pensez-vous que les grévistes soient liés avec les organisations qui s’opposent au régime d’Hosni Moubarak ?
Non, il n’y a pas de connexions entre ces organisations. Ou alors les liens sont très faibles. Les opposants sont certainement solidaires des ouvriers, mais cela ne va sans doute pas plus loin. Jeudi 27 septembre, le dernier jour de la grève de Mahalah (14000 ouvriers demandaient le paiement de primes, NDLR), une manifestation de soutien a été organisée devant le siège du syndicat des journalistes. Il n’y avait pas plus de 150 personnes, cela montre qu’il n’y a pas de mouvement global ni d’union entre ces mouvements.
Les revendications des ouvriers sont-elles politiques ou corporatistes ?
Ces ouvriers ont un très grand problème : leur salaire ne leur permet pas de vivre. Ils sont rémunérés sur un salaire fixe ridicule et sur des primes. Depuis la fin des années soixante-dix, le fixe est stable, les primes augmentent. Quand les entreprises décident de baisser ou d’annuler les primes, ces ouvriers ne peuvent plus nourrir leurs familles. Voilà pourquoi ils font la grève. Les mouvements de décembre 2006, qui étaient précurseurs, n’étaient pas du tout politiques. Cela dit je crois que les choses bougent tout doucement. Lors des grèves de septembre dernier, on a pu entendre un des meneurs de la grève proclamer "oui, nous sommes contre le gouvernement, nous voulons la démission d’Hosni Moubarak et de tous ses ministres".
Le gouvernement a accusé les Frères Musulmans d’être à la base de ces mouvements. Est ce le cas selon vous ?
Ni les Frères Musulmans ni la gauche.
Pensez-vous que ce mouvement puisse prendre plus d’ampleur ? Assiste-t-on à la naissance d’un mouvement ouvrier coordonné, en Egypte ?
C’est difficile de savoir pour l’instant. Il y a très peu de liens entre les grévistes d’une usine à l’autre, il n’y a pas de fédération. Les meneurs se connaissent parfois, mais chacun défend ses intérêts. Le but, pour l’instant, n’est pas la création d’un mouvement organisé.

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