Laborieuse accusation lors du procès Eissa
Le 28-10-2007 par Guillaume de Dieuleveult
Le procès du rédacteur en chef du quotidien Al Doustour a débuté mercredi dernier. Il risque une peine de un à trois ans de prison pour des articles publiés fin août.
Le général Yasser Al Miligi était bien en peine d’expliquer en quoi les articles sur l’état de santé du Président Hosny Moubarak avaient pu causer une "panique publique". Quant à Ahmed Saad Abdel Latif, le président du marché des changes, il a ramé quand il s’est agi de trouver un lien de cause à effet entre ces mêmes articles et le recul de la bourse Egyptienne.
Le procès d’Ibrahim Eissa, mercredi dernier, semble donc s’être résumé à une partie de ping-pong entre une défense mordante et des témoignages laborieux. L’accusation du populaire rédacteur en chef du quotidien indépendant Al Doustour faisait suite à la parution, fin août dernier, d’articles faisant état de rumeurs concernant la santé du président Moubarak. Ce dernier, d’habitude omniprésent dans les médias officiels, s’était soudain fait très discret… Les charges qui pèsent sur Ibrahim Eissa lui valent d’encourir entre un et trois ans de prison.
Mais le journaliste dit ne rien regretter. Porte drapeau autoproclamé de la presse indépendante – il n’est pourtant pas le seul rédacteur en chef de la presse d’opposition à être accusé, Ibrahim Eissa continue de dire haut et fort pourquoi il se bat.
"Il faut faire passer Moubarak du statut de pharaon à celui de président. Nous nous devons de dire la vérité à son sujet. Hosny Moubarak veut que son fils lui succède. Pour cela il brise tous les mouvements d’opposition. Les Frères Musulmans ont été laminés l’an passé par une vague de répression très sévère. Le mouvement des juges a été cassé. Maintenant, il s’en prend à la presse indépendante…"
Des avocats émotifs
Depuis le mois de septembre, les condamnations sont tombées en rafales sur les journalistes de la presse d’opposition.
En septembre, Wael El Ibrachi, le rédacteur en chef du journal Sawt el Omma a été condamné avec trois de ses journalistes à une peine de trois mois de prison. Ce fut ensuite le tour de trois journalistes du quotidien Al Wafd, qui ont reçu une peine de deux ans de prison ferme pour avoir « porté atteinte au prestige de la justice », dans des articles publiés en janvier 2007. Puis, le 13 septembre, quatre rédacteurs en chef de journaux d’opposition étaient condamnés en première instance à un an de prison pour avoir "nui à l’intérêt général" dans des articles critiquant le régime.
Ces condamnations font suite à des plaintes déposées par des avocats proches du Parti National Démocratique, au pouvoir. Huit d’entre eux, particulièrement sensibles, ont également déposé une plainte contre Ibrahim Eissa. Ses articles sur l’état de santé du raïs leur auraient causé "un préjudice émotionnel".
Prochaine étape : le 14 novembre.

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