Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


La lumière et l’espoir en musique

Le 28-10-2007 par Louise Sarant

Orchestre de chambre d’un genre inédit sur la scène du CFCC. A l’occasion de la huitième journée mondiale de la vue, mercredi 24, des jeunes non-voyantes ont donné un concert. Récit, extraits sonores.

musique, photo LSSur scène, 34 jeunes femmes. Le corps couvert d’une longue galabiyeh noire uniquement rehaussée par un collier de perles vives épousant les épaules, la chevelure encadrée d’un voile doré. En première ligne, les instruments à cordes, violons, violoncelles et contrebasses essaient de disposer de l’espace exiguë, les instruments à vent et les grosses caisses sont derrière. Mais point de partition. Nulle part. Point de baguette nichée dans les doigts du chef d’orchestre. Non plus. Car toutes ces musiciennes sont non-voyantes, et forment un orchestre de chambre unique en son genre, qui s’est produit dans le monde entier. Mozart, Katchakurian, Bizet, Abu Baker Khairat, les mélodies ne souffrent pas de traverser et de retraverser sans cesse les frontières.

Et la technique ?

Interloquée, l’assistance. La même question revient sur toutes les lèvres : comment peut-on avoir les yeux au bout des doigts ? "Les musiciennes apprennent chaque morceau par cœur, puis dès que la partition est sue je les réunis et on travaille l’harmonie" explique Ali Al Osmani, le Chef d’Orchestre dépourvu de baguette mais la fierté intacte. Dans l’ombre, retranché sur le côté de la scène, cet homme massif, stoïque, enveloppé de concentration n’intervient presque pas. Il annonce le titre du morceau qui va suivre, claque des doigts et l’orchestre se met en branle, délicat, féminin.  Pour parvenir à ce résultat artistique époustouflant les partitions ont été transcrites en braille puis apprises sur toute la ligne "si vous proposez à n’importe quel musicien professionnel de rejoindre notre orchestre et d’apprendre les partitions, il vous dira que c’est tout bonnement impossible" ajoute Ali Al Osmani, l’œil rieur.

Et au commencement…

C’est en 1954 que l’ONG égyptienne Al Nour Wal Amal ("Lumière et Espoir "), basée à Héliopolis, naît. Dès 1957 elle accueille une quarantaine de filles et jeunes femmes aveugles, dans le but de les réhabiliter en tant que membre à part entière de la société égyptienne. Ces jeunes femmes reçoivent une éducation à visée professionnelle est c’est en 1961 que Mme Radi, la présidente fondatrice de l’ONG, monte l’Institut de Musique. Il s’agit pour elle de développer la sensibilité des filles en utilisant le moyen détourné qu’est la musique.


Commentaires

Béatrice

Une nouvelle recrue chez Alif ? Merci de nous faire découvrir ces jeunes femmes étonnantes. Bonne continuation à vous !

Shaymma

Très belle lecon de courage. Pourriez vous donner le titre du morceau que nous écoutons?

Audrey

Moment à la fois magique et émouvant. Merci Louise de faire connaître ces femmes étonnantes!!


Poster un commentaire

Envoyer cet article par email

Aujourd'hui,
1 Dollar vaut 5.92 EGP
1 Euro vaut 7.60 EGP

Click for Cairo, Egypt Forecast

Brèves   rss

Revue de Presse

L'honneur dans une chaussure?

A quelques exceptions près, la presse arabe salue le lancer de chaussures d'un journaliste irakien sur le président américain.

Lire la suite...