Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Conférence internationale de la paix : Un peu refroidie, l'Egypte ira quand même

Le 21-10-2007 par Arnaud Saint Jean

De passage au Caire dans le cadre de sa tournée régionale, la secrétaire d'état américaine Condoleezza Rice est repartie avec le soutien égyptien au projet américain de Conférence internationale sur le Moyen Orient.

Au Caire, Condoleezza Rice était attendue de pieds fermes. Porteuse du projet américain de Conférence sur la paix au Moyen-Orient, la secrétaire d'état américaine devait convaincre. Sur la forme comme sur le fond.  Sur la forme, ni la date, ni même le lieu ne sont toujours connus. Mais, motivée par une fin de mandat qui se rapproche et certainement décidée à laisser une autre image que celle de la campagne d'Iraq, l'administration américaine insiste pour que la Conférence ait lieu avant la fin de l'automne. Problème, cette initiative s'inscrit dans un flou total, illustré par les déclarations contradictoires de la secrétaire d'état. En début de semaine, à la sortie d'un entretien avec le président palestinien Mahmoud Abbas, Condoleezza Rice déclarait que, "franchement, le temps est venu d'établir un Etat palestinien", estimant cette création "absolument essentielle, non seulement pour l'avenir des Palestiniens et des Israéliens mais également pour le Proche-Orient et les intérêts des Etats-Unis."

Palestiniens et arabes exigent un calendrier

De quoi raviver les espoirs arabes de négociations concrètes. Mais dans le même temps, en accord avec le premier ministre israélien Ehud Olmert, Condoleezza Rice rejetait l'idée d'un calendrier précis pour les discussions à venir, imposant ainsi une fin de non recevoir à l'une des exigences de l'autorité palestinienne. "Les négociations ne seront pas ouvertes indéfiniment", avait prévenu Mahmoud Abbas, "il faut fixer une échéance afin qu'on puisse aboutir à des résultats." Concernant l'éventualité d'une telle conférence, le président palestinien a clairement exposé les sujets qu'il souhaite y voir évoquer : statut de Jérusalem, droits des réfugiés, colonies juives et partage de l'eau. Côté palestinien, ces sujets devraient être la base même d'un document commun que la conférence officialiserait. Sans cela, aucun intérêt d'une énième conférence.

Une approche partagée par les autorités égyptiennes qui, à la veille de la venue de Condoleezza Rice, optaient pour un ton résolument ferme : si le projet de conférence se résumait encore à quelques déclarations de principe, il faudrait faire sans l'Egypte. Point de vue concrétisé par le secrétaire général de la Ligue Arabe, Amr Moussa, dans une envolée très remarquée : "Si les Israéliens attendent seulement de la conférence une photo de leur Ministre des Affaires étrangères serrant la main à son homologue saoudien, je dis que cela ne se produira pas"

Rice tempère les ardeurs

Encourageant à la prise de décisions concrètes, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Aboul Gheit, s'était interrogé sur un report de la conférence. La réponse américaine a été claire : "Nous n'avons pas encore fixé de date à la réunion, il est donc un peu difficile de reporter quelque chose pour laquelle vous n'avez pas fixé de date", lui a répondu Condoleezza Rice. Mardi matin, après sa série d'entretiens avec le président Hosni Moubarak, le ministre égyptien des Affaires étrangères et le secrétaire général de la Ligue arabe, Condoleezza Rice est pourtant repartie avec un accord de leur part. Et un discours radicalement apaisé : "Nous sommes encouragés par ce qu'a dit (Mme Rice) et nous avons promis de l'aider et d'aider les parties pour parvenir à cet objectif, qui est la relance des négociations menant à un Etat palestinien", a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit. Précisant que "la ministre américaine nous a aidés aujourd'hui à comprendre la position américaine et elle a beaucoup éclairé les efforts américains entre la partie israélienne et la partie palestinienne".

Un revirement assez surprenant, dans un contexte diplomatique un peu tendu par les récentes déclarations critiques de l'administration américaine sur l'état des droits de l'homme en Egypte. Mais un revirement conforme aux liens étroits entre les des deux pays, quelques jours après qu'un accord commercial entre les Etats-Unis, Israël et l'Egypte ait été revu, à la faveur de l'Egypte (A ce sujet, lire notre article "Egypte-Israël : fête de la ZIQ")


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