Numéro 92, semaine du dimanche 01 mars 2009

le magazine francophone d'Egypte


Avec "Chicago", El Aswany signe son retour

Le 07-10-2007 par Arnaud Saint Jean

L'auteur de "l'Immeuble Yacoubian" revient avec son nouveau roman "Chicago", dont la version française sort en même temps en Egypte et en France.

Chicago de Alaa El AswanyUn an après la parution en français de "l’Immeuble Yacoubian", Alaa El Aswany est de retour dans les librairies. Le romancier-dentiste égyptien le plus célèbre au monde signe "Chicago", nouvelle autopsie sociétale attendue de pieds fermes par les amateurs du genre. Car fort du succès planétaire de son précédent roman, El Aswani avance d’ores et déjà sous le feu des projecteurs. Invité de nombreux festivals littéraires et actuellement en tournée promotionnelle en Europe, l’auteur a eu la bonne surprise de voir son roman paraître en France en même temps qu’en Egypte. Une consécration, déjà, après avoir publié ses premiers ouvrages dans le plus sombre anonymat. 

Une Little Egypt passée au microscope

Pour ce nouveau roman en forme de chapelet de portraits, El Aswani a pris ses distances. Pour prendre le temps de digérer son succès inattendu, peut-être. Pour mieux isoler son sujet, sans doute. Chroniqueur au stylo en forme de microscope, l'auteur déplace son terrain d'observation. De l'Egypte aux Etats-Unis, d'un immeuble du centre-ville du Caire à la communauté égyptienne de Chicago. Destination bien connue de l'auteur, qui y a fait une partie de ses études, avant de revenir en Egypte, pour mieux en croquer le quotidien. De l’aveu même de l’écrivain, la touche autobiographique du roman s'arrête à peu près là.

Dans la métropole américaine qui vit son après 11 septembre, la little Egypt des expatriés doit s'adapter. Une communauté bigarrée, faite de personnages aussi variés que distants, de la sexagénaire esseulée au redoutable policier de l'ambassade. Tricotée autour de ces microcosmes avec, en toile de fond, la préparation de la visite aux Etats Unis du président Egyptien, la plume d'El Aswani se livre à son exercice favori : le croquis brut d'une société égyptienne qui, même à des milliers de kilomètres du Nil, ne se dessine qu'avec ses complexes et ses contradictions. "L'Immeuble Yacoubian" avait surpris par sa liberté de ton et la justesse de ses cibles. Telle critique sociale, qui passait en revue les maux cachés d'un pays qui peine à se mirer dans le miroir, avait séduit et dérangé.

El Aswany est attendu 

La distance prise dans "Chicago" ne change rien à la méthode du dentiste. Peut-être même que le recul permet de mettre plus en valeur encore le relief des caractères. A la recette de Yacoubian, inscrite sur la pression que la société égyptienne est capable de s'infliger à elle-même, El Aswani ajoute cette fois le piment d'une microsociété aux prises - en plus ! - au regard d'une Amérique qui se réveille blessée. Qu'ils appellent de leurs vœux l’american way of life ou qu’ils le rejettent en bloc, les personnages devront composer avec ce contexte nouveau, porter l'étiquette.

"Chicago", ou comment l'immeuble Yacoubian s'est reconstruit en dehors d'Egypte. Avec cette différence notable tout de même : cette fois, El Aswani est attendu.

 

Chicago, de Alaa El Aswany
Editions Actes Sud
Prix conseillé : 170 LE en Egypte, 23 euros en France
Disponible à la librairie d'Oum El Dounia
Numéro de téléphone: 02.393.82.73
Adresse : 3 rue Talaat Harb (1er étage)

Il y a un an, nous écrivions : "Yacoubian, l'immeuble rétrécit à l'écran"

Il y a un peu plus d'un an, sortait dans les salles l'adaptation de "L'Immeuble Yaccoubian", devenu best seller d'Alaa El Aswany. A redécouvrir en DVD... 

L’adaptation du best-seller d’Alaa El Aswany sort aujourd’hui dans les salles. Si la version filmée semble un peu édulcorée, le long-métrage présente toutefois la réalité d’une Egypte quotidienne confrontée à l’injustice et à ses non-dits

Entrée de l'Immeuble Yacoubian, au CaireC’est aujourd’hui que sort dans les salles le très attendu umaret Yacoubian (L’immeuble Yacoubian), adaptation du roman éponyme d’Alaa El Aswany. Et, il est déjà certain que le film remplira les salles. A lui seul, le casting est une promesse de vente, le réalisateur Marwan Ahmed ayant réussi à rassembler une brochette de stars, autour de l’idole nationale Adel Imam, des pointures comme Nour El Sherif, Khaled El Sawy et l’actrice tunisienne Hind Sabry. Le film bénéficie aussi de l’engouement médiatique qui entoure le livre d’Alaa El Aswany depuis sa sortie.

Débarqué en 2002 comme un OVNI de la littérature égyptienne, L’immeuble Yacoubian dresse un portrait sans concession de l’Egypte et de ses maux cachés. Corruption du régime, violences policières, phénomène de radicalisation religieuse, l’Egypte se contemple dans un miroir et peut difficilement détourner le regard.

Le principal défi de Marwan Ahmed était donc de traduire en images le réalisme singulier qui a fait le succès du roman. Comme pour toute adaptation, l’exercice est périlleux : là où l’écrivain peut consacrer un chapitre entier à un personnage, le réalisateur doit résumer quelques répliques en une attitude. Un risque d’autant plus élevé que le roman est construit sur une succession de portraits entremêlés.

Une surprenante liberté de ton

Logiquement, c’est là que le film pêche un peu. La déformation apparaît clairement, par exemple, avec le personnage de Hatem Rasheed (interprété par Khaled El Sawy), journaliste homosexuel amoureux d’un jeune militaire. Si dans le roman, l’amant semble finalement prendre un certain plaisir à sa passion interdite, le personnage du film est davantage représenté comme la victime d’un homosexuel calculateur et grossièrement féminisé.

Ceux qui ont lu le roman noteront surtout l’absence du "grand homme", autorité suprême, omniprésente au fil de pages. Une allusion trop peu voilée pour être acceptée sur grand écran. Quand un politique véreux vient réclamer son dû à un député auquel il vient d’acheter le siège, ce sont simplement "d’autres personnes plus puissantes" qui tirent les ficelles. La nuance est peut-être faible, mais on y entend ce que l’on veut.

Le film de Marwan Ahmed jouit tout de même d’une surprenante liberté de ton. Parce qu’il évoque la réalité quotidienne d’une Égypte confrontée à l’injustice organisée et parce qu’il place le spectateur face à ces non-dits qui rongent la société. L’immeuble Yacoubian, même rétréci, reste un énorme pavé jeté dans la marre du politiquement acceptable.


Commentaires

Ramsis2

Personnellement, j'avais apprécié l'immeuble Yacoubian plus pour ses qualités "sociologiques" que proprement littéraires. Chicago se développe suivant la même logique (transposée cette fois dans le petit monde des étudiants expatriés). Dans Yacoubian, il y avait déjà cette féroce lucidité, presque du cynisme, dans la peinture des caractères, mais au moins, tout cela était compensé par une certaine grandeur d'âme prêtée au personnage du Bey déchu. Ici, rien ne vient rattraper cette noirceur omniprésente, pas un personnage pour racheter l'autre, tous médiocres, lâches et avilis. C'est peut-être vrai, mais l'Egypte, heureusement, ne se réduit pas à cela. Ramsis2


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