Ahly or not Ahly?
Le 09-09-2007 par Arnaud Saint Jean
Rentrée sportive : le championnat égyptien de football reprend ses droits. Avec cette année encore la même interrogation : qui pourra contester l'écrasante domination du club d'al-Ahly ?
Cent ans et cent deux titres. Désigné "club africain du siècle", quintuple champion d’Afrique, vainqueur des trois derniers championnats d’Egypte et fournisseur de la moitié au moins des joueurs de l’équipe nationale. Qui dit mieux ? Le club d’al-Ahly est un phénomène de domination quasi unique dans l’univers du football. Pas tant par l’immense ferveur que chacune de ses rencontres suscite – trottoirs envahis de télévisions et clameurs de foules hebdomadaires – manifestations collectives que l’Italie ou l’Espagne, autres passionnés du ballon rond, connaissent aussi.
L’hégémonie d’al-Ahly se mesure surtout au vide qui l’entoure, à peine comblé par le club rival de Zamalek, en sérieuse difficulté depuis quelques années. "Le foot en Egypte, c'est Ahly et Zamalek, point", explique le journaliste Ahmed Sami, observateur du football égyptien pour quelques revues spécialisées étrangères, comme France Football et Foot Africa. "Même si les autres villes ont leur propre club, leurs supporters se positionnent d’abord en faveur d'une des deux équipes du Caire. En Egypte, on est soit Ahly, soit Zamalek. Surtout que beaucoup d’équipes en Egypte représentent des entreprises privées, comme "Moqaweloun al-Arab" (Arab Contractors) ou "Telecom Egypt"... et les fans de ces équipes ne sont souvent que les travailleurs de ces groupes."
Une dualité exclusive qui ne laisse pas beaucoup de place au suspens, surtout quand l’un des deux frères ennemis traverse un moment difficile, à l’image de Zamalek ces dernières années, déchiré par des conflits internes et qui a vu Henry Michel, son entraîneur français, jeter l’éponge à la veille du championnat. Sans affirmer que le règne d’Ahly puisse être remis en question cette année, Ahmed Sami laisse la porte ouverte à un changement de hiérarchie : "Cette année, deux clubs peuvent espérer contrarier Ahly : Zamalek, biensur et Ismaïli. Pour beaucoup d'Egyptiens, Ismaïli pratique aujourd’hui le plus beau football du pays. Le problème, c'est que l'équipe a du mal a tenir sur la durée : sur un match, ils peuvent battre n'importe quelle équipe, mais ils peuvent perdre contre de plus petites aussi."
Ahly contre Ahly
Une concurrence finalement peu convaincante face à la machine Ahly, qui devra peut-être se méfier avant tout d’elle-même. Car si Ahmed Sami estime que "plus on gagne, plus on est fort et la grande force d'Ahly, c'est sa confiance", les "diables rouges" devront supporter une cadence infernale : la saison dernière s'était achevée en juillet, le championnat a déjà repris et entre temps, l'équipe a du jouer en compétition africaine, toujours en course pour défendre son titre de champion d’Afrique. Une bataille de plus, en forme de cercle vertueux pour al-Ahly, qui attire toujours plus de partisans en enfilant les succès : "Pourquoi Ahly a plus de supporters que les autres équipes? Juste parce que c'est l'équipe qui gagne le plus de titres! », explique le journaliste. "Ici, on aime les vainqueurs, c'est une drogue." Avant de se raviser un peu : "... une source d'orgueil plutôt : champion et club du siècle en Afrique, de beaux titres quand même, non?"

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