Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Nucléaire, le dossier toujours sur les rails

Le 02-09-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Lentement mais sûrement, le dossier du nucléaire Egyptien progresse. Cette semaine, l’emplacement de la future centrale nucléaire égyptienne devrait être défini.

Le Conseil Supérieur de l’Energie devrait se réunir cette semaine pour définir le site de la future centrale nucléaire égyptienne.
Un an après que Gamal Moubarak, le fils de l’actuel président égyptien, eu créé la surprise en annonçant la relance du programme nucléaire civil égyptien, le dossier est donc toujours sur les rails.

Il ne date pas d’hier : l’Egypte avait lancé un programme nucléaire dans les années 50. Elle dispose toujours d’un centre de recherche situé au nord du Caire, où se trouvent deux réacteurs. À la fin des années 70, l’Egypte avait pour ambition la construction de huit centrales nucléaires. Tout a été gelé en 1986, lors de l’explosion catastrophique de la centrale ukrainienne de Tchernobyl.

D’après les annonces faites il y a un an, c’est le site de Dabaa, situé à 160 kilomètres à l’ouest d’Alexandrie, qui devrait être retenu. La centrale devrait voir le jour d’ici 2017. Le gouvernement égyptien prévoirait de construire trois centrales nucléaires civiles d’ici 2020. La capacité totale du nucléaire égyptien s’élèverait alors à 1800 mégawatts.


Cette décision, prise dans un contexte international tendu, est officiellement motivée par les besoins énergétiques de l’Egypte. Comme le remarque la Mission Economique du Caire : "Au cours des deux dernières décennies, la demande d'électricité en Egypte s'est considérablement accrue. (…) Afin de répondre à une demande de la consommation en hausse constante le ministère de l'électricité a mis en oeuvre un important programme d'investissements." Il y a un an, la capacité de production électrique annuelle de l’Egypte s’élevait à près de 20 000 Megawat, dont plus de 16 000 provenaient de centrales thermiques. Le lancement d’un programme nucléaire permettrait à l’Egypte de diversifier ses sources d’énergie.


Lors d’un voyage en Chine qu’il avait effectué l’an dernier, le président Hosni Moubarak avait annoncé à l’issue d’une entrevue avec Hu Jintao, son homologue chinois, la volonté de renforcer la coopération dans plusieurs domaines, "dont l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire". Cette déclaration avait alors été interprétée comme un pied de nez aux Etats-Unis : "Lorsque les Américains exercent des pressions sur l'Égypte au sujet de la démocratie, les Egyptiens vont voir ailleurs pour l'énergie nucléaire. C'est une façon de rétablir l'équilibre des pouvoirs", expliquait alors un commentateur politique.

L’Egypte est signataire du traité de non-prolifération nucléaire. Pour rassurer la communauté internationale, elle a déclaré qu’elle ne produirait pas de l’uranium enrichi, mais qu’elle se contenterait de l’importer.

Il y a un an, nous écrivions...

L'Egypte nucléaire fait l'effet d'une  bombe

A l’occasion du Congrès du Parti National Démocrate (PND) au pouvoir, Hosni et Gamal Moubarak ont tour à tour fait sensation en annonçant leur volonté de lancer un programme nucléaire en Egypte. En pleine crise diplomatique autour du programme iranien, cette annonce a eu l’effet d’une bombe.

"l'Egypte au seuil du club nucléaire". Lundi dernier, la Une du quotidien Nahdet Misr ne faisait aucun doute. Après ces déclarations, il semble évident que l’Egypte sera bientôt membre des pays dotés de l’énergie nucléaire. D’autant plus que l’indépendant El Masri El Youm rapportait la veille les propos de l’ambassadeur américain en Egypte, selon lequel "les Etats-Unis n’ont pas d’objection à ce que l’Egypte développe un programme nucléaire pacifique. Il est connu que l’énergie nucléaire n’a pas d’effets néfastes sur l’environnement et qu’elle est également la moins chère". Dans le même temps, le quotidien Rose El Youssef rapporte que "l’AIEA s’est dite hier prête à présenter à l’Egypte toute sorte d’aide, en matière de technologie et de formation, pour bâtir son programme nucléaire à usage pacifique".

Scepticisme et lutte d’éditos Rien ne semble donc empêcher l’Egypte de se lancer dans un programme nucléaire civil et la presse se montre unanimement enthousiaste, à l’exception peut-être de Salama Ahmed Salama. Le célèbre éditorialiste de l’officiel Al Ahram se montre plutôt sceptique et regrette le retard accumulé : "Si l’on avait eu une vision à long terme, on aurait suivi l’exemple de l'Inde et on occuperait alors déjà une place importante en matière nucléaire. Depuis 20 ans, tous les facteurs étaient réunis pour que l’Egypte puisse se doter de l’énergie nucléaire" L’éditorialiste en conclut que l’Egypte est le pays des chances perdues. Pour toutes ces raisons, je crois que l’annonce inopinée faite par Gamal Moubarak sur l’option nucléaire n’est faite que pour la consommation locale" Un point de vue durement rejeté par Abdallah Kamal, dans une double page consacrée par le quotidien Rose Al-Youssef. Selon lui, les opposants au projet n’ont pas lu le papier présenté par le PND sur l’énergie en Egypte : "le point le plus important de ce papier porte sur la nécessité de revoir les réserves stratégiques de l’Egypte en gaz naturel et en pétrole"

Sous l'oeil des journaux du monde A l’étranger, mis à part le New York Times qui estime que le projet s’inscrit dans le cadre de la politique interne à l’Egypte ("pour renforcer le profil de Gamal Moubarak et créer un sentiment public de défi à Washington"), les journaux raisonnent en termes géopolitiques. Tunis Hebdo explique le comportement paradoxal des Etats-Unis, farouchement opposés au nucléaire iranien, mais favorables au projet égyptien : "la prolifération nucléaire n’est pas condamnable si elle est le fait de pays alliés aux Etats-Unis. Le projet de doter l’Egypte — pays ami et soumis à l’Amérique — de l’arme nucléaire s’inscrit, quoi qu’on dise, dans ce contexte précis" Dans un chat organisé par Le Monde, Bruno Terrrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, souligne que "[l’Egypte] se voit traditionnellement comme un pôle de puissance au Moyen-Orient [et] ne voudrait peut-être pas laisser l'Iran être la seule puissance nucléaire islamique au Moyen-Orient".

En tout cas, la machine est en route : Le Conseil national supérieur pour l'énergie s’est réuni cette semaine, après 20 ans d’inactivité.

Par Arnaud Saint Jean, le 28 septembre 2006 


Commentaires

Pierre C.

Alors que le monde a les yeux rivés sur l'Iran, l'Egypte avance donc sur son propre dossier nucléaire sans que les grandes puissances n'aient rien à redire? En se "contentant" d'importer l'unranium enrichi, l'Egypte ferait-elle moins peur que l'Iran ? Quelle hypocrisie !


Poster un commentaire

Envoyer cet article par email

Aujourd'hui,
1 Dollar vaut 5.92 EGP
1 Euro vaut 7.60 EGP

Click for Cairo, Egypt Forecast

Brèves   rss

Revue de Presse

L'honneur dans une chaussure?

A quelques exceptions près, la presse arabe salue le lancer de chaussures d'un journaliste irakien sur le président américain.

Lire la suite...