Avant de disparaître, le zar monte sur scène
Le 02-09-2007 par Arnaud Saint Jean
Depuis 5 ans, le groupe Mazaher entretient sur scène les dernières notes d'une musique traditionnelle en perdition. Africain et préislamique, le zar disparaît d'Egypte.
La petite salle pourrait difficilement accueillir plus de monde : assise à même le tapis qui sert de scène, ou squattant les marches du vieil escalier, la soixantaine de spectateurs entoure jusqu'à les frôler les musiciens de Mazaher. Une affluence ordinaire, au centre culturel Makan, en plein centre-ville du Caire. "Trois ans et demi que le groupe attire du monde. Et sans aucune publicité", se réjouit Ahmed Al Maghraby, directeur de ce petit centre culturel dédié à la conservation des musiques traditionnelles égyptiennes. Ce passionné de musique peut apprécir la performance : formé en 2002 autour de différentes figures de la musique zar, Mazaher est aujourd’hui peut-être le seul groupe à proposer le rite zar en public. Le seul et le dernier.
"Le zar est en train de mourir"
Oublié ou méprisé, car associé à des pratiques d’exorcisme ou de magie noire, le rite zar se meurt. Pourtant sa pratique est ancestrale en Egypte. Emmené surtout par les femmes, qui y trouvaient un exécutoire à leurs peines quotidiennes, le zar mélange musique, chant et mouvements, qui par répétitions – un peu à l’image de certaines pratiques soufies – entraînent un état proche de la transe, la croyance en des mythes perdus faisant le reste. "Ces croyances ont disparu et sans elles, la musique zar peut-être jouée mille fois avec les mêmes notes, ce ne sera plus du zar. Cette tradition est en train de mourir."
Une fatalité qu’ Ahmed Al Maghraby accepte, lui qui dit ne pas s’intéresser au rite en lui-même, mais davantage à sa dimension culturelle, patrimoniale. La disparition du zar devient alors symbole d’un mouvement plus large et alarmant : "Nous avons perdu le sens de nos traditions. Nous ne les regardons plus comme quelque chose de bien, mais comme quelque chose d'arriéré. L'Egypte vit un état de schizophrénie, entre un chauvinisme surdimensionné et notre complexe par rapport à nos propres traditions : on vante nos 4000 ans d'histoire et nos pyramides, mais on a honte de nos gallabeyya"
Alors cette salle qui ne désemplit pas depuis trois ans représente une belle victoire dans sa course à la mémoire. Ce qui fait venir ce public bigarré ? "La découverte d'une profondeur, de la valeur de la musique comme un moment à vivre ensemble et pas comme un produit à consommer."
[Mazaher, tous les mercredis au Centre Culturel Makan, à 21h]
Makan : Au coin des rues Saad Zaghloul et Mansour, sur la place du mausolée Saad Zaghloul. Voir la carte
SUR LE MEME SUJET – Makan, une autre oreille sur la musique égyptienne
TOUT SAVOIR – le site de l’Egyptian Center for Culture and Art
ECOUTER - Extrait du groupe Mazaher
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Adresse: 1, rue Saad Zaghloul, près de l'arrêt de métro Saad Zaghloul.
Email: makan@egyptmusic.org
Commentaires
josiane
l'adresse complette du centre Makan! merci Josiane - Ca y est, c'est fait. Vous trouverez aussi un lien vers le plan...
Ghada
Superbe, pour moi j'aime tout ce qui est tradi. En plus le patrimoine que ce soit de la musique ou autres, je pense bien qu'il promouvoit la diversité culturelle et artistique du pays. Dommage que les médias ne s'intéressent pas sauf aux symboles touristiques comme les pyramides. On peut distinger l'esprit d'un peuple de son patrimoine, non pas des sites touristiques !!!

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