Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Proche Orient, l'Egypte reprend la main

Le 01-07-2007 par Arnaud Saint Jean

La  rencontre israélo-arabe de Charm el Sheikh, lundi dernier, et les déclarations officielles égyptiennes replacent Le Caire sur le devant de la scène politique régionale.

Beaucoup n'attendait pas grand chose de ce sommet de Charm el Sheikh. La semaine dernière, la station balnéaire préférée d'Hosni Moubarak accueillait, outre le raïs et le roi de Jordanie, le premier ministre israélien Ehud Olmert et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. L'agenda avait été fixé à l'avance : apporter un soutien clair et unanime au leader palestinien, mis en branle et retranché dans son fief de Cisjordanie depuis le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza. L'idée sous-jacente étant d'isoler un peu plus politiquement le Hamas, que ni Israël, ni ses proches voisins arabes n'entendaient reconnaitre comme interlocuteur officiel.

Main tendue On attendait un Mahmoud Abbas en demande, ce fut le cas : le président de l'autorité palestinienne est venu réclamer, en plus d'un soutien officiel, un allègement des mesures de contrôles qui enserrent la Cisjordanie, notamment la levée de centaines de barrages et check points qui entravent la circulation des personnes et des biens. Face à lui, on imaginait un Ehud Olmert attentif mais ferme. L'homme avait prévenu la veille de son déplacement qu'il ne fallait pas trop attendre de ce sommet et que "la condition essentielle à toute reprise d'un dialogue officielle restait une stabilisation du régime palestinien". Surprise, donc, quand après une journée de discussions dont rien n'avait filtré, le premier ministre israélien s'est engagé dans un geste de bonne volonté, en annonçant la libération de 250 prisonniers palestiniens. "Des prisonniers qui n'ont pas de sang sur les mains" a tout de suite prévenu Olmert. Des prisonniers à piocher dans un réserve de 11.000 détenus, dont près de 800 dits "administratifs", qui seraient toujours incarcérés en Israël sans aucune forme d'inculpation ou de procès.

La tentation d'ignorer le Hamas Un geste relatif, donc, mais une main tendue quand même, qui a un peu masqué le reste des discussions du sommet. Des discussions qui ont soigneusement évité le sujet du Hamas. Dans la journée, la porte-parole jordanienne venait déclarer aux journalistes que "le problème entre le Hamas et le Fatah (parti de Mahmoud Abbas, expulsé de Gaza NDLR) est un problème de politique interne aux Palestiniens". Façon de se dédouaner? Surtout de ne pas donner d'écho au parti islamiste, qui avait tenté un rapprochement dans la même journée. Une posture résumée par cette déclaration d'Ehud Olmert : "le Hamas n'imposera pas son agenda politique".

Le Caire en médiateur motivé Dans ce jeu de petits gestes sur petites phrases, c'est l'Egypte qui apparait comme la grande bénéficiaire de ce sommet. En accueillant les discussions chez lui, Hosni Moubarak a en quelque sorte "repris la main", dans un dossier qui semblait lui échapper un peu depuis quelques mois. Une perte d'influence au bénéfice de l'Arabie Saoudite notamment, symbolisée par les accords de la Mecque qui en février dernier avait entériné le concept de gouvernement d'union nationale entre Hamas et Fatah. Hosni Moubarak qui avait qualifié de "coup d'état" la prise de pouvoir du Hamas, a poussé l'avantage en s'imposant comme interlocuteur raisonnable. Après avoir retiré ses représentations officielles de la bande de Gaza, l'Egypte s'est timidement montrée prête à discuter à nouveau. "J'ai affirmé que revenir au dialogue, entre les fils de la Palestine et aboutir à une position commune parlant au nom de leur peuple et de leur cause, était une nécessité qui ne peut être retardée", avait déclaré Moubarak en fin de sommet, avant que son porte-parole ne précise sa pensée quelques jours plus tard : "Nous avons besoin de temps pour apaiser les différents et régler les problèmes entre palestiniens." Façon d'avouer que l'Egypte est prête à assumer son rôle d'intermédiaire médiateur.


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