Amr Choubaky : l’échec des élections en Egypte
Le 24-06-2007 par Guillaume de Dieuleveult
Politologue, spécialiste du mouvement des frères musulmans, Amr Choubaky est revenu avec Alif sur les dernières élections en Egypte.
Les pouvoirs de la Maglis Al Shoura sont assez restreints malgré les récentes modifications constitutionnelles. Quels étaient les enjeux pour les frères musulmans, la principale opposition au gouvernement ?
Les Frères ont présenté 19 candidats aux élections, c’est en dessous du seuil stratégique de 25 députés pour pouvoir soutenir une candidature à la présidentielle, quand on n’est pas un parti politique officiel. Cela signifie que pour les frères, l’enjeu était plutôt de montrer leur capacité organisationnelle, leur capacité à mobiliser les masses malgré les rafles organisées par le gouvernement ces derniers mois. Leur objectif était aussi de mettre l’accent sur les fraudes commises par le gouvernement égyptien en les poussant à la faute.
Quelle est votre appréciation du déroulement du scrutin ?
Le bilan est très négatif. Les fraudes massives dont a eu les échos ont souligné l’incapacité du gouvernement à organiser et diriger des élections libres et transparentes, même dans un contexte où il n’y a pas de menace pour la stabilité du régime. Dans ce sens, ces élections étaient une chance pour le pouvoir. Une chance d’inciter les gens à aller aux urnes, à s’initier à la démocratie. Le gouvernement ne l’a pas saisie : le taux de participation se situe autour de 3% ! Le gouvernement avait choisi les candidats, il aurait au moins pu laisser le peuple élire ses députés.
Comment les Frères Musulmans sortent-ils de ce scrutin ?
Les Frères Musulmans aussi y ont perdu des plumes. Nous avons vu qu’ils n’étaient pas capables d’affronter le gouvernement sans un soutien massif du peuple égyptien. Ils ont cru qu’ils pourraient changer la donne à travers leur capacité organisationnelle. Mais le peuple ne s’est pas intéressé à leur message. Les Frères aussi ont échoué à mobiliser les masses.

rss