Numéro 75, semaine du dimanche 05 octobre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Une ONG dénonce la hausse du harcèlement sexuel en Egypte

Le 17-06-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes dénonce un environnement de plus en plus pesant pour les femmes en Egypte. Tabous et misère sexuelle engendrent frustration, qui à son tour renforce misère sexuelle et tabous. Comment sortir du cercle vicieux ? Interview.

D’après votre enquête, le harcèlement sexuel est un phénomène qui touche toutes les femmes en Egypte, quels que soient leur condition sociale, l’endroit où elles vivent, leur façon de s’habiller, leur âge… 40% des femmes que vous avez interrogées se sont plaintes d’attouchements inappropriés, 38% de harcèlement verbal et 12% ont dit être harcelées quotidiennement (voir des détails sur le sondage à la fin). À partir de quand y a t-il harcèlement sexuel ?
Les formes les plus claires du harcèlement sexuel sont la tentative de viol et la masturbation en public. Viennent ensuite des comportements plus difficiles à classifier : des paroles, des regards qui peuvent être interprétés différemment selon les sensibilités. Nous avons adopté une définition assez large du harcèlement sexuel. Nous le définissons comme un comportement non voulu par une femme, sexuel dans sa nature et qui la met dans une situation d’insécurité, de mal être. Il n’y a pas forcément de violence ni d’agressivité mais un sentiment de violence et d’agressivité latentes.
Quelle est la conséquence de cette tendance ?
La restriction de l’accès à la sphère publique pour les femmes : cela devient plus difficile de marcher dans les rues, d’aller au travail... À terme c’est une pression qui pousse la société égyptienne dans son ensemble vers le bas. Les femmes que nous avons rencontrées disent que cela fait cinq ans environ qu’elles sentent croître cette pression sexuelle en Egypte.
Que proposez vous pour sortir de ce cercle vicieux ?
L’ECWR travaille dans trois directions. Accroître la conscience publique est une première étape. Pour cela nous utilisons les télévisions égyptiennes et nous nous adressons aux hommes. Nous essayons de leur expliquer le problème dans son ensemble, pour qu’ils prennent conscience des conséquences de leurs actes. Beaucoup d’hommes ne sont pas conscients du poids de leur comportement sur les femmes. Quant aux femmes, nous avons découvert que certaines d’entre elles ont l’impression d’être fautives. Nous essayons de diminuer ce sentiment. Nous essayons également d’encourager le public à réagir, ne serait-ce que par la parole, lorsqu’il est témoin de scènes de harcèlement sexuel. Deuxième champ d’action : nous travaillons à la rédaction d’une loi qui protège mieux les femmes. Nous estimons que les outils juridiques ne sont pas suffisamment efficaces. Nous avons également un programme d’intervention dans les écoles, où nous diffusons aux enfants un dessin animé qui les sensibilise à la question.
Vous adressez vous à la fibre religieuse, très présente chez les Égyptiens ?

Non, il n’y a pas de message religieux dans notre campagne. Nous ne voulons surtout pas donner à croire que seules les personnes vraiment religieuses sont celles qui ont un comportement respectueux à l’égard des femmes. Cela va au-delà de la question de la religion, cela concerne tout le monde. Et puis un message religieux, c’est à double tranchant : indirectement, les hommes peuvent se sentir accusés et ce n’est pas ce que nous cherchons.

 (La personne interviewée a souhaité garder l'anonymat.)

Le sondage, l'ONG

Le sondage
Il a été réalisé auprès de 2800 femmes, dans les gouvernorats du Caire, de Guizah, à Wadi el Guedid, Louxor. La méthode utilisée est qualitative : les femmes interrogées ont été sélectionnées en fonction de critères sociaux.
L’élément déclencheur du sondage : les 3500 plaintes adressées par des femmes de toute l’Egypte à l’ONG.
L’ONG
Le Centre Egyptien pour les Droits des Femmes est une ONG égyptienne qui compte une quinzaine de permanents et plus de cent bénévoles présents dans les 26 gouvernorats d’Egypte. Elle a été fondée en 1996.
Pour en savoir plus, cliquez là.


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