Sale temps pour Ibn Khaldun
Le 17-06-2007 par Arnaud Saint Jean
Plusieurs membres du Centre d’études Ibn Khaldun sont toujours portés disparus. Et Saadeddine Ibrahim, chef de file controversé, fait de nouveau parler de lui.
Les pressions, les infiltrations d’agents de la sécurité, les menaces personnelles, tout ça, ils connaissaient. En travaillant pour le centre d’études Ibn Khaldun, ONG phare de l’activisme démocratique en Egypte, les collègues de Saad Ibrahim se savent sous pression constante. De là à disparaître sans laisser de traces, le message est différent.
Documents saisis - Le mois dernier, cinq chercheurs et membres de l’ONG étaient arrêtés à leurs domiciles, enlevés par les forces de sécurité sans un mot d’explication. Selon les témoignages, dont celui de la femme de Mohamed Saied, un des hommes enlevés, la police en aurait profité pour confisquer des documents. Depuis, aucune nouvelle, les demandes d’informations auprès du Gouvernement sont restées lettres mortes.
Coranistes présumés, activistes assumés - Certains médias, dont le Daily Star, soulignent que certains des hommes enlevés appartiennent au courant coraniste. Cette pensée, qui plaide pour un retour modéré et adapté au seul texte coranique, dérangerait les autorités, notamment par ses prises de positions contre l’institution officielle d’Al-Azhar. Plus probable, l’engagement politique du centre Ibn Khaldun énerve de façon plus ou moins constante. Accusée par les autorités égyptiennes d’être financée par des fonds américains, l’organisation est toujours au premier rang de la contestation politique.
Protégé, mais pas écouté - Président emblématique de cette organisation qui dérange, Saadeddine Ibrahim s’est dit "inquiet que les détenus soient soumis à la torture", avant d’appeler les autorités à communiquer sur l’endroit et les raisons de leurs détention. Un appel qui, venant de lui, n’a aucune chance d’aboutir. Ancien détenu politique pour avoir trop défié le régime égyptien, libéré sous pressions internationales – Etats-Unis en tête – Saadeddine Ibrahim est peut-être protégé, mais nullement écouté. Il y a deux semaines, à Prague, en marge d’une conférence sur la démocratie, il rencontrait Georges Bush, là encore porteur d’un message : que le président américain "fasse pression" sur Hosni Moubarak, pour que ses promesses de réforme soient tenues. Une initiative largement critiquée par la presse égyptienne.
TOUT SAVOIR – PORTRAIT : Saadeddine Ibrahim, activiste controversé

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