Abdalla Hassan : l'Egypte entre Israël et Palestine
Le 10-06-2007 par Arnaud Saint Jean
Président et rédacteur en chef de la Middle East News Agency (Mena), Abdalla Hassan revient sur les enjeux de l'implication égyptienne dans le dossier israélo-palestinien.
Pourquoi l’Egypte est-elle particulièrement active, ces derniers temps, dans le dossier israélo-palestinien ?
Vous savez, malgré les accords de paix et les relations diplomatiques avec Israël, il faut bien comprendre que l’Egypte ne renonce pas à la cause palestinienne. Il y a toujours cette volonté d’encourager les Palestiniens, conseiller les Israéliens, pour établir la paix dans la région.
Que ce soit avec Yasser Arafat, à l’époque, ou Abou Mazen (Mahmud Abbas) aujourd’hui, l’Egypte a toujours été très impliquée. Le président Moubarak répète souvent que nous devons profiter de notre relation diplomatique avec Israël (L’Egypte reste, avec la Jordanie, le seul pays arabe à avoir reconnu l’Etat d’Israël, NDLR) pour conseiller les Israéliens dans la recherche d’une paix durable et juste pour les deux parties.
Un dialogue compliqué par la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes en 2006 ?
Le Hamas est arrivé au pouvoir de façon libre et transparente. Le Hamas a été choisi par le peuple palestinien, au cours d’élections libres. Malgré ça, Israël refuse toujours de reconnaître l’organisation qu’elle juge terroriste. Mais l’Egypte essaie aussi que le Hamas accepte Israël et fasse preuve d’une certaine modération, en reconnaissant aussi les différents accords qui ont été signés entre Palestiniens et Israéliens.
Malheureusement, aujourd’hui, la situation reste bloquée dans le même cercle vicieux : d’un coté, les bombardements et les assassinats par l’armée israélienne, qui retient toujours plusieurs milliers de prisonniers palestiniens. Et en face, les opérations suicides et les attaques du Hamas. C’est toujours la violence contre la violence.
Qu’est-ce que l’Egypte peut faire ?
Ces dernières semaines, l’Egypte a accueilli les différentes parties palestiniennes. Il y a eu des rencontres avec Omar Souleiman, notre responsable de la Sécurité, avec toujours cette envie de rapprocher les deux camps. Cette semaine encore, il y a eu un entretien téléphonique entre le président Moubarak et le premier ministre israélien. Hosni Moubarak l’a tenu informé des négociations inter palestiniennes au Caire et lui a demandé, aussi, d’arrêter la violence dans les territoires palestiniens.
Les différentes factions palestiniennes ont été reçues au Caire. L’Egypte penche-t-elle davantage d’un côté ?
Historiquement, l’Egypte est plus proche du Fatah, c’est normal*. Le Fatah a dominé la crise israélo-palestinienne depuis 50 ans. Aujourd’hui, le Hamas essaie de se rapprocher de l’Egypte à son tour. Et l’Egypte n’est pas contre ce rapprochement.
L’influence régionale de l’Egypte est-elle toujours la même aujourd’hui, face notamment à l’activité diplomatique de l’Arabie Saoudite ?
Je ne crois pas en cette concurrence d’influence entre l’Egypte et d’autres pays de la région, par exemple l’Arabie Saoudite. L’Egypte connaît le chemin et on ne peut pas négliger son rôle. Mais si un pays comme l’Arabie Saoudite peut aider, comme par exemple avec les accords de la Mecque (en février dernier, accord entre le Hamas et le Fatah sur un gouvernement d’union nationale) on ne peut pas négliger cette aide. Toutes les participations sont les bienvenues.
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*Créé dans les année 1980 et présenté comme le bras armé des Frères musulmans, que le régime égyptien considère toujours comme une menace interne, le Hamas bénéficie en plus d'un soutien important de l'Iran. Face à lui, le Fatah, créé en 1959 par Yasser Arafat fait office d'allié historique. Un allié plus "malléable" aussi, mais qui a perdu les élections législatives de 2006.
La Mena, c'est quoi?
Créée en 1955, la Middle East News Agency est la première et plus importante agence de presse du continent africain et du monde arabe. Nationalisée sous Nasser, en 1960, puis rattachée au Conseil Consultatif égyptien en 1978, elle est aujourd’hui classée 11ème par l’Unesco, au rang des agences internationales de presse. En 1996, la Mena s’ouvre aux technologies satellitaires et diffuse sur tous les continents, en trois langues : arabe, anglais et français. La Mena revendique 500 dépêches diffusées quotidiennement.
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