Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


67, année traumatique

Le 03-06-2007 par Arnaud Saint Jean

Le silence prévaut autour des 40 ans de la "guerre des six jours". Retour sur un conflit qui a changé la donne régionale et qui reste, en Egypte, un souvenir douloureux.

Nasser et le General Abdel Hakim AmerLe matin du 5 juin 1967, se sentant menacé par ses voisins arabes, Israël décide d’attaquer "préventivement" l’Egypte. En quelques jours, la Bande de Gaza et le Sinaï sont pris. L’aviation égyptienne est détruite au sol à plus de 80% et les soldats israéliens passent le canal de Suez. L’humiliation est terrible pour l’Egypte, galvanisée jusqu’alors par le virulent Nasser. Le commandant de l’armée de l’époque, le général Abdel Hakim Amer en paiera directement les frais. Accusé de laxisme face à la menace que certains avaient vue venir, il n’obtiendra que la sinistre liberté de choisir son sort : l’humiliation d’un long procès, ou le suicide. Il choisira le poison, endossant au passage l’habit de responsable principal et offrant ainsi un peu de répit à Nasser (en photo ici, à la veille de la guerre, en compagnie du général Abdel Hakim Amer).

Quarante ans plus tard, rien. Aucune commémoration, très peu de discussions et en Egypte, cette fameuse "guerre des six jours" semble retournée à l’anonymat. Vétéran de cette guerre éclaire, Abdallah Hassan prévient pourtant : "on ne peut pas oublier l’histoire". Aujourd’hui directeur de la Middle East News Agency (Mena), il répète qu’ "il faut tirer des leçons de cette défaite que n’a pas connue la jeune génération." Mais cette jeune génération se nourrit de ses livres d’histoire, dans lesquels la guerre de 1967 occupe moins de deux pages, au programme de terminale.

Plaie ouverte. Mohi fait partie de ces jeunes Egyptiens qui n’ont pas connu le front, mais qui ressent toujours l’affront : "Qu’on n’en parle pas, c’est normal, il n’y a rien de glorifiant à commérer une défaite ! Et puis, au lycée, 1967 n’est présenté que comme la « première manche », le premier round avant la revanche de 1973." Autrement dit, la guerre de 1973, qui vit l’armée égyptienne repousser les lignes israéliennes sur l’autre rive du canal de Suez, est restée comme la ponctuation victorieuse de ce long conflit. L’iconographie officielle a pour toujours glorifié ce sursaut de fierté et chaque année, la victoire de 1973 est célébrée avec faste. Un coup de pouce au devoir de mémoire, qui ne pèse pas toujours lourd face à celui de lucidité. "Ce qui est incroyable, c’est que nous sommes bien conscients que 73 fut aussi une défaite", rajoute Mohi. "Le gouvernement sait que nous le savons…mais on continue le grand jeu. Pour beaucoup de jeunes Egyptiens, la guerre n’est pas finie. Certes, nous avons récupéré le Sinaï, mais avec quelles restrictions, encore aujourd’hui ?" Ahmed, même âge, intervient et tempère : "nous le vivons mal aussi à cause de l’actualité en Palestine et c’est aussi pour ça que l’on parle de revanche. Mais depuis, il y a quand même eu la paix."

Une paix qui dure, malgré tout et qui fêtera ses 30 ans l’année prochaine. Là aussi, devoir de mémoire.


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