La lente féminisation de la justice
Le 22-04-2007 par Guillaume de Dieuleveult
Trente et une femmes ont récemment été nommées à des postes de juges. Une décision qui a suscité des réactions contradictoires.
Le 14 mars dernier, le Conseil Judiciaire Suprême égyptien nommait 31 femmes à des postes de magistrates. Une décision qui a soulevé des réactions contradictoires.
Jusqu’à cette date, le Conseil avait toujours rejeté les candidatures de femmes à des postes de magistrat. Dans certains cas, le sexe de la candidate aurait été explicitement désigné pour expliquer la décision.
Un point de vue soutenu par Yahia Ragheb Daqruri. Homme, juge et président du syndicat des juges, il semble estimer que la place des femmes n’est pas dans un tribunal. D’après Yahia Ragheb, la nomination d’une femme à un poste de juge serait contraire à la Sharia, la loi islamique. Une femme, explique Yahia Ragheb, ne peut pas rester "seule dans une chambre avec deux juges hommes." D’autant qu’à ce train-là, précise Yahia Ragheb, elle risque de devenir enceinte ! Ce qui nuirait à l’image et au prestige de la justice. Ainsi qu’au travail de la juge : "donner naissance peut avoir un impact sur les cas qu’une femme sera amenée à traiter."
N’en déplaise à Yahia Ragheb, une femme avait pourtant déjà été nommée à un poste de magistrate. C’est Tahany el Gebaly, dont la nomination remonte à 2003. Elle était alors devenue la première femme à devenir juge en Egypte. Sa nomination à la Cour constitutionnelle, la plus haute d’Egypte, avait déjà soulevé de nombreuses protestations.
La récente décision du Conseil Judiciaire Suprême a suscité l’approbation de l’organisation non gouvernementale (ONG) Human Rights Watch (HRW) . "La nomination par l’Egypte de juges femmes envoie un message fort sur l’introduction de voix féminines dans le processus judiciaire", a ainsi déclaré Farida Deif, spécialiste du Moyen Orient pour HRW. Un bon point donc, estime l’ONG, qui rappelle toutefois que "pour remplir entièrement ces obligations, le gouvernement égyptien devra s'assurer que les juges femmes ne seront pas reléguées a certaines cours seulement, comme les affaires familiales, et qu'il n'y aura pas de discrimination dans la sélection et la formation de ces juges."

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